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Réunis hier à Dakar dans le cadre des « Mardis du BTP », les professionnels du bâtiment et des travaux publics (BTP) ont dressé un état des lieux précis des dysfonctionnements qui affectent les chantiers. Les retards, les surcoûts, et les malfaçons, la qualité insuffisante des études préalables apparaît comme la cause principale. Malgré son poids économique, le secteur qui emploie près de 600 000 personnes, est fragile.
Organisée par le Syndicat professionnel des entrepreneurs du BTP du Sénégal (SPEBTPS), la rencontre a donné lieu à des échanges techniques approfondis entre ingénieurs, responsables d’agences publiques et experts. Tous convergent vers le même constat selon lequel c’est en amont, bien avant le lancement des travaux, que se joue l’essentiel des réussites et des échecs. Le secteur du BTP représente environ 2 000 entreprises formelles sur les 21 500 que compte le Sénégal, pour un chiffre d’affaires estimé entre 1 500 et 2 000 milliards de francs CFA. Il mobilise près de 250 000 travailleurs qualifiés et 350 000 non qualifiés. Pourtant, la fragilité du tissu entrepreneurial reste préoccupante : une entreprise sur deux ne dépasse pas cinq ans d’existence, et deux sur dix disparaissent avant même leur deuxième année.
Coût, délai, qualité : un équilibre difficile
Les débats ont largement porté sur le triptyque coût-délai-qualité, qui structure l’exécution des chantiers. Les intervenants ont rappelé l’interdépendance de ces trois paramètres : optimiser l’un sans tenir compte des autres engendre des déséquilibres. Réduire les coûts ou les délais, ou viser une qualité maximale de manière isolée produit souvent des effets contraires aux objectifs initiaux.
La préparation des projets, maillon faible
Pour Moustapha Fall, directeur des études et de la planification à l’AGEROUTE, la racine des dérives réside dans la faiblesse des études préalables. « Un projet bien exécuté est d’abord un projet bien préparé », a-t-il souligné. Il pointe notamment la sous-estimation des quantités, la méconnaissance des risques climatiques, des hypothèses irréalistes et les modifications techniques en cours de chantier, souvent à l’origine de surcoûts et de retards. Il préconise un cadre fondé sur quatre piliers comprenant une ingénierie renforcée en amont, une rigueur contractuelle accrue, des mécanismes de contrôle modernisés et une gouvernance clarifiée.
Tout se joue avant le chantier
Un entrepreneur expérimenté, s’appuyant sur une étude menée avec le Bureau opérationnel de coordination et de suivi des projets (BOCSP), a confirmé que la majorité des défaillances trouve son origine dans une préparation insuffisante. Deux mesures sont proposées à savoir la création d’un fonds dédié au financement des études préalables et la mise en place de partenariats public-privé (PPP) spécifiques à la phase de préparation des projets.
Le coût élevé de la non-qualité
Le directeur général de l’organisme de régulation du BTP, créé en 2023, a alerté pour sa part sur l’ampleur des pertes liées à la non-qualité. Des erreurs d’exécution peuvent entraîner la démolition et la reconstruction d’ouvrages, avec des coûts pouvant atteindre 35 à 37 % du chiffre d’affaires des entreprises, menaçant leur viabilité.
Une réforme devenue incontournable
À l’issue des échanges, plusieurs priorités ont été dégagées notamment le financement systématique des études préalables, le renforcement des critères d’accès au marché, la modernisation de la gestion des chantiers et la clarification les responsabilités contractuelles. Un consensus se dégage selon lequel le BTP sénégalais ne souffre pas d’un manque de compétences, mais d’un déficit de méthode, de préparation et de gouvernance. Des faiblesses désormais identifiées, que les acteurs jugent impératif de corriger sans délai.
JEAN PIERRE MALOU
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