" "
Posted by - support -
on - 6 hours ago -
Filed in - Society -
-
9 Views - 0 Comments - 0 Likes - 0 Reviews
Réunis à Dakar autour du ministre des Infrastructures, les acteurs du BTP sénégalais ont dressé un état des lieux rigoureux d’un secteur en tension. Retards de paiement, fragilité des entreprises et insuffisances techniques alimentent une crise persistante. Face à ces défis, professionnels et autorités appellent à une transformation en profondeur des méthodes et de la gouvernance. Un consensus émerge sur l’urgence d’agir. L’aspiration consiste à restaurer la performance et la crédibilité du secteur. Reste à traduire les diagnostics en réformes concrètes. Un « New Deal » pour relancer les infrastructures et renaître au pied du mur.
Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) sénégalais appelle à une refondation profonde de ses relations avec l’État. Réunis en table ronde hier, jeudi 9 avril, à Dakar sous la présidence du ministre des Infrastructures, Déthié Fall, les professionnels ont dressé un diagnostic sans concession et formulé des propositions pour relancer une industrie en grande difficulté. Dès l’ouverture des travaux, Oumar Ndir, président du Syndicat professionnel des entrepreneurs du BTP du Sénégal (SPEBTPS), a mis en lumière les fragilités persistantes du secteur en évoquant des retards chroniques de paiement, un accès limité au financement, une instabilité de la commande publique, des insuffisances dans les études techniques et une discipline contractuelle défaillante.
Ces contraintes combinées aux mutations rapides du marché, pèsent lourdement sur la compétitivité des entreprises locales. Le constat est partagé par Cheikh Ahmed Tidiane Sy, vice-président du Conseil national du patronat (CNP), qui évoque une « fatigue généralisée » des acteurs, confrontés à un environnement instable et à une concurrence déséquilibrée.
Pour sa part, le président du CNP, Baïdy Agne, a insisté dans une vidéo sur l’urgence d’apurer la dette intérieure due aux entreprises du secteur, condition essentielle pour restaurer leur trésorerie et la confiance.
Un « New Deal » en quatre axes
Pour répondre à ces enjeux, les acteurs proposent un « New Deal pour les infrastructures » articulé autour de quatre priorités qui consistent à renforcer le rôle du secteur privé national dans la conduite des grands projets, favoriser la création de consortiums capables de rivaliser sur les marchés d’envergure, développer des partenariats public-privé (PPP) plus ambitieux et mobiliser davantage les financements locaux et régionaux. « Ce New Deal n’est pas une option, mais une nécessité », a martelé Oumar Ndir.
Gouvernance et performance au cœur des enjeux
Prenant la parole, le ministre Déthié Fall a rappelé le rôle central du BTP dans la trajectoire de développement du Sénégal, tout en reconnaissant des dysfonctionnements, notamment le décalage observé entre les niveaux de décaissement et l’avancement réel des chantiers. Il a appelé à un renforcement de la gouvernance, à une meilleure planification des projets et à un suivi plus rigoureux.
Évoquant la réforme visant à regrouper les infrastructures publiques sous un même périmètre ministériel, il a souligné la nécessité d’en faire un levier d’efficacité, malgré les défis de coordination et d’harmonisation qu’elle implique. Le ministre a également clarifié les responsabilités en indiquant que l’État doit garantir un cadre stable et une gouvernance rigoureuse, tandis que le secteur privé doit renforcer ses capacités et respecter ses engagements. « Il faut changer d’échelle, mais aussi de méthode », a-t-il insisté.
Discipline interne et dialogue renforcé
Les professionnels ont, par ailleurs, appelé à une introspection du secteur privé. Cheikh Ahmed Tidiane Sy a dénoncé la présence d’opérateurs insuffisamment qualifiés, responsables de pratiques de concurrence déloyale et d’une dégradation des standards de qualité.
Enfin, les participants ont plaidé pour l’instauration d’un cadre permanent de concertation entre l’État et le secteur privé, afin d’anticiper les crises et d’assurer un suivi efficace des engagements. Structurée autour des enjeux de coût, de délai et de qualité, ainsi que des mutations du marché, la rencontre a débouché sur les bases d’une feuille de route destinée à améliorer la performance du secteur. Pilier de la transformation économique du Sénégal, le BTP entend désormais peser davantage dans l’élaboration des politiques publiques qui conditionnent son avenir, à condition d’une refondation rapide et concertée de son cadre d’intervention.
JEAN PIERRE MALOU
L’article Crise du BTP sénégalais : un « New Deal » pour relancer la machine est apparu en premier sur Sud Quotidien.