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Avec la disparition, le jeudi 25 juin, d’El Hadji Momar Wade, la presse sénégalaise perd l’une de ses plumes les plus exigeantes, les plus lucides et l’un de ses défenseurs les plus constants de l’éthique journalistique. Ceux qui l’ont connu garderont le souvenir d’un homme discret, d’une intelligence vive, dont les écrits alliaient la précision de l’analyse à l’élégance du verbe.
Momar Wade a marqué de son empreinte plusieurs rédactions avant de contribuer, au sein de Groupe Sud Communication, à écrire de belles pages dans Sud Quotidien. Il appartenait à cette génération de professionnels qui ont fait de ce journal une référence de la presse indépendante sénégalaise, en érigeant la rigueur, l’indépendance et le sens de l’intérêt général en principes non négociables.
Sa chronique, « Le regard de Momar Wade », était devenue un rendez-vous attendu. Il portait sur l’actualité politique, les médias et les mutations de la société sénégalaise un regard pénétrant, libre de toute complaisance et nourri d’une vaste culture. Son écriture, subtilement ironique, ne cherchait jamais l’effet facile. Elle invitait plutôt à la réflexion, à la remise en question et à l’exercice du discernement.
Son attachement aux valeurs du métier transparaissait dans ses textes. Pour lui, le journalisme n’était ni un spectacle ni un instrument de pouvoir, mais un engagement au service du public. Il rappelait inlassablement que l’information ne pouvait se satisfaire de l’à-peu-près, de la recherche du sensationnel ou de la facilité.
Cette conviction s’exprime avec une force particulière dans « Tout sauf de la télévision », publié en 2013. Il y dénonçait les dérives d’un paysage audiovisuel qu’il jugeait gagné par la médiocrité et soumis à la dictature de l’audience. « Le paysage audiovisuel sénégalais patauge depuis quelques années dans une navrante médiocrité », écrivait-il, avant de regretter que la quête de l’audimat prenne le pas sur les exigences de qualité et de responsabilité. Évoquant les programmes proposés aux téléspectateurs, il s’interrogeait avec gravité : « Que voit-on et qu’écoute-t-on ? » Derrière cette question se lisait l’inquiétude profonde de voir un média de grande influence, renoncer à sa mission d’éducation, d’information et d’élévation des consciences.
Cette parole, formulée il y a plus d’une décennie, conserve aujourd’hui une résonance particulière. Elle témoigne de la clairvoyance d’un journaliste qui refusait les compromis lorsque l’avenir de sa profession était en jeu.
Au-delà de ses analyses, Momar Wade laisse le souvenir d’un confrère respecté, d’un homme d’une grande courtoisie et d’un professionnel pour qui la qualité de l’écriture était indissociable de la qualité de la pensée. Son œuvre, faite de chroniques, de commentaires et de témoignages, constitue une contribution précieuse à l’histoire du journalisme sénégalais.
En rendant hommage à Momar Wade, c’est une presse libre, exigeante, cultivée et responsable que l’on salue. Sa voix s’est tue, mais ses écrits continueront d’éclairer celles et ceux qui considèrent que le journalisme est d’abord une exigence intellectuelle et un devoir envers la vérité.
À sa famille, à ses proches, à ses anciens confrères et à l’ensemble de la communauté des médias, nous adressons nos condoléances les plus attristées. Que la terre lui soit légère et que demeure vivant l’héritage d’une plume qui n’a jamais cessé d’élever le débat public.
LA REDACTION
L’article Momar Wade, la rigueur d’une conscience est apparu en premier sur Sud Quotidien.