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Dans les Niayes, l’usage intensif de produits chimiques et l’irrigation par des eaux polluées inquiètent les scientifiques. Le Docteur Oumar Ba, enseignant-chercheur à l’Université Anta Diop, tire la sonnette d’alarme face à un manque criant de contrôles. Il prenait part à une rencontre d’information et de sensibilisation sur les biotechnologies modernes et le cadre juridique et réglementaire de la biosécurité par l’autorité nationale de la biosécurité les 22 et 23 juin.
C’est un cri d’alerte que lance le Docteur Oumar Ba, spécialiste en biotechnologie végétale et enseignant-chercheur au département de biologie végétale de l’Université Anta Diop de Dakar. À l’heure où les Sénégalais consomment chaque jour des fruits et légumes issus des zones maraîchères, le scientifique dénonce une situation qu’il juge préoccupante : l’utilisation massive et non régulée de pesticides dans les champs, en particulier dans la célèbre zone des Niayes, poumon horticole du pays.
Sur le terrain, le constat est sans appel. « L’usage des pesticides, le principal problème que nous rencontrons, concerne le contrôle de leur utilisation, notamment dans la zone des Niayes, où l’on pratique l’horticulture », explique le chercheur. Ce qui l’inquiète, c’est l’absence de respect des règles élémentaires : doses excessives, non-respect des délais de rémanence cette période indispensable entre le traitement et la récolte, et une méconnaissance généralisée des bonnes pratiques agricoles. Face à cette situation, le Docteur Ba invite vivement les autorités à renforcer les contrôles sur le terrain.
Des résidus toxiques dans l’assiette
Mais au-delà du constat, c’est la santé des consommateurs qui est en jeu. Les résidus de pesticides contenus dans les produits traités pénètrent inévitablement dans l’organisme. « On observe de nombreux cas de maladies chroniques liées à ces résidus, notamment des cancers et d’autres pathologies graves », alerte le chercheur. Des études, bien que peu médiatisées, ont d’ailleurs démontré que les aliments consommés quotidiennement au Sénégal contiennent parfois des doses très élevées de substances toxiques. Une réalité que les populations ignorent souvent, mais qui participe, selon le scientifique, à la dégradation silencieuse de leur santé.
Des pesticides interdits en Europe, mais présents dans les champs sénégalais
L’un des aspects les plus troublants révélés par le DocteurOumar Ba concerne la présence, au Sénégal, de produits phytosanitaires dont l’utilisation est pourtant interdite en Europe. Il raconte une expérience personnelle : « Nous devions travailler sur la germination de graines de palmier à huile et utiliser un produit contre les champignons. En faisant des recherches sur Internet, nous avons découvert que ce produit est interdit dans certains pays européens. Pourtant, chez nous, des cultivateurs locaux en possèdent. » Le chercheur ignore si la législation sénégalaise les a officiellement prohibés, mais il souligne que ces substances ont été jugées dangereuses par des études scientifiques sérieuses. Leur présence sur le marché local témoigne d’un vide juridique ou d’un défaut de contrôle aux frontières.
Au-delà de la nature des produits, c’est aussi leur mauvaise utilisation qui pose problème. Le spécialiste insiste sur la nécessité de former les agriculteurs à l’application correcte de ces substances. Or, cette formation fait cruellement défaut, laissant les paysans livrés à eux-mêmes, souvent sans connaître les risques qu’ils font courir aux consommateurs.
Des eaux usées pour arroser les cultures : un deuxième scandale sanitaire
À ce premier fléau s’en ajoute un second, tout aussi inquiétant : l’utilisation d’eaux usées non traitées pour l’irrigation des cultures, notamment dans la zone de Mbeubeuss, à proximité de la décharge de Dakar. « Si vous allez vers Mbeubeuss, dans la zone des Niayes, les gens utilisent souvent une eau potentiellement contaminée, car elle reçoit des eaux de ruissellement provenant de cette décharge », déplore le Docteur Ba. Une situation aggravée par l’usage, par les cultivateurs, de sable provenant des fosses septiques des installations de l’Office National de l’Assainissement du Sénégal pour fertiliser les sols. Or, un étudiant en thèse, supervisé par le chercheur, a récemment découvert que ce sol contient des taux extrêmement élevés de métaux lourds, des substances redoutablement dangereuses pour la santé humaine. En apparence, les cultures poussent bien, les légumes sont beaux et la production semble florissante. Mais le chercheur met en garde : consommer ces produits, c’est ingérer des polluants invisibles, dont les effets se font sentir à long terme.
Contrôles insuffisants : l’État manque-t-il de moyens ?
Interrogé sur la rigueur des contrôles exercés par l’État, le Docteur Ba reste prudent. « En visitant ces sites, en observant les pratiques et en lisant les publications et travaux menés, on se rend compte qu’il y a un véritable problème », affirme-t-il. Selon lui, il est urgent d’attirer l’attention des autorités sur cette question. Peut-être, avance-t-il, que l’État manque de moyens pour contrôler efficacement ces pratiques ou que les services compétents n’ont sans doute pas tous les outils nécessaires pour mener des inspections régulières et dissuasives. Mais le chercheur insiste : des mesures doivent être prises sans délai. En attendant des solutions, les Sénégalais continuent de consommer, chaque jour, des produits dont ils ignorent la dangerosité.
Fatou NDIAYE
L’article Pesticides et eaux usées dans les Niayes : l’ombre toxique des cultures maraîchères est apparu en premier sur Sud Quotidien.