Posted by - senbookpro -
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Pendant que les autorités algériennes vantent un important excédent de production et affichent leurs ambitions d’exporter de l’électricité vers l’Europe, une panne ayant plongé 16 wilayas dans le noir est venue rappeler qu’avant d’aspirer à approvisionner ses voisins, encore faut-il être capable d’assurer la continuité du service sur son propre territoire.
À écouter ses responsables, l’Algérie disposerait déjà de tous les attributs d’une future puissance exportatrice d’électricité, capable d’alimenter l’Europe, de soutenir ses voisins et même d’exporter son savoir-faire au Sahel. Une seule panne ayant plongé seize wilayas dans le noir a pourtant suffi à mettre ce récit officiel à rude épreuve.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, une vaste coupure d’électricité a touché seize wilayas, principalement dans l’est du pays. Dans certaines localités, les habitants sont restés privés de courant durant près de six heures. Selon le ministère algérien de l’Énergie, l’incident est parti d’une installation stratégique située à Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, avant de se propager à travers le réseau national interconnecté sous l’effet conjugué des fortes chaleurs et d’un taux d’humidité élevé.
Les autorités ont rapidement qualifié cet épisode d’« exceptionnel », tandis qu’une cellule de crise était mobilisée sous la supervision du Premier ministre pour rétablir progressivement l’alimentation électrique. Si le courant a fini par revenir, l’incident soulève une interrogation autrement plus embarrassante : comment une seule défaillance a-t-elle pu provoquer une panne affectant une partie aussi importante du territoire algérien ?
L’épisode met surtout en lumière une distinction essentielle : disposer d’importantes capacités de production ne garantit pas, à lui seul, la fiabilité d’un système électrique.
Sonelgaz avait récemment annoncé la mise en service de nouvelles capacités représentant près de 1.850 mégawatts supplémentaires. Officiellement, le pays ne manque donc pas d’électricité. Le problème révélé par cette panne se situe ailleurs : dans la capacité du réseau à absorber un incident, à le circonscrire rapidement et à empêcher qu’il ne se transforme en panne généralisée. Les mégawatts mis en avant dans les discours n’ont manifestement pas empêché un incident local de se transformer en une coupure d’une telle ampleur.
Car la crédibilité d’un pays qui ambitionne d’exporter son électricité ne repose pas uniquement sur le volume qu’il produit. Elle dépend tout autant de la solidité de ses infrastructures de transport, de la performance de ses systèmes de supervision et de sa capacité à garantir la continuité du service lorsque le réseau est soumis à de fortes contraintes. C’est précisément sur ce terrain que la panne de cette semaine est venue mettre à nu le décalage entre les ambitions affichées et les capacités réelles du réseau.
Cette panne intervient surtout au moment où Alger cherche à projeter l’image d’une future plateforme régionale de l’électricité.
Le président Abdelmadjid Tebboune a, à plusieurs reprises, mis en avant un excédent de production de l’ordre de 12.000 mégawatts, présenté comme un levier stratégique pour exporter de l’électricité vers l’Europe, notamment à travers un projet d’interconnexion avec l’Italie. Les autorités soulignent également leur capacité à approvisionner les pays voisins lors des périodes de forte consommation.
Dans le même esprit, l’Algérie a inauguré, en juin dernier, une centrale électrique de 40 mégawatts au Niger, entièrement financée par Alger et réalisée par Sonelgaz. Ce projet a été présenté comme une illustration du savoir-faire national et de la vocation du pays à accompagner ses partenaires africains dans le développement de leurs infrastructures énergétiques.
Ce choix prend aujourd’hui une résonance particulière. Alors qu’Alger mobilise des moyens pour construire des infrastructures à l’étranger et nourrit l’ambition d’alimenter demain le marché européen, son propre réseau s’est révélé incapable de contenir une défaillance localisée. Une contradiction qui fragilise inévitablement le discours officiel sur la vocation régionale du pays dans le domaine de l’électricité.
Le contraste avec les événements de cette semaine est difficile à ignorer. Alors que les autorités multiplient les annonces sur les surplus de production, les projets d’interconnexion et les ambitions d’exportation, une seule défaillance technique a suffi à priver plusieurs millions d’Algériens de courant pendant de longues heures.
Au-delà de l’incident lui-même, cette séquence met en évidence le fossé entre les ambitions affichées et les réalités des infrastructures nationales. Car avant de convaincre de futurs partenaires étrangers, un pays doit d’abord démontrer la robustesse de son propre réseau. En définitive, cette panne aura surtout mis à nu les limites d’une communication officielle qui a largement mis en avant les excédents de production et les ambitions régionales, tout en laissant dans l’ombre les vulnérabilités persistantes du réseau national. Entre le récit d’une future puissance exportatrice d’électricité et la réalité d’un système incapable de contenir une panne partie d’une seule installation, le contraste est suffisamment saisissant pour écorner durablement la crédibilité de ce discours.
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