Posted by - senbookpro -
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Le gouvernement allemand a adopté mercredi une vaste réforme des services de renseignement, destinée à renforcer leurs capacités opérationnelles face à la multiplication des menaces, notamment russes. Le BND et le BfV pourront désormais mener certaines opérations secrètes, notamment dans le domaine cyber, mais cette évolution suscite déjà des inquiétudes concernant les libertés publiques.
L’Allemagne s’apprête à tourner une nouvelle page dans l’organisation de ses services secrets. Le gouvernement de Friedrich Merz a adopté mercredi une réforme visant à élargir considérablement les pouvoirs du renseignement extérieur, le BND, et du renseignement intérieur, le BfV. Le texte doit encore être approuvé par le Parlement avant une entrée en vigueur prévue l’an prochain.
« Nous ouvrons un nouveau chapitre pour les services de renseignement », a déclaré le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt. Selon lui, la réforme doit permettre de transformer les services allemands en véritables acteurs opérationnels, alors qu’ils étaient jusqu’ici principalement chargés de recueillir et d’analyser des informations.
Cette évolution intervient dans un contexte de tensions croissantes en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022. Berlin estime notamment faire face à une multiplication des opérations d’espionnage, de cyberattaques, de sabotages et d’autres formes de « guerre hybride ».
La principale nouveauté de la réforme concerne justement la capacité des services allemands à agir directement contre certaines menaces.
Le BND pourrait notamment être autorisé à neutraliser des systèmes informatiques lors de cyberattaques. Dans certaines situations, notamment en période de tension ou de danger particulier, le renseignement extérieur pourrait également mener des opérations de sabotage à l’étranger.
Les services pourraient par ailleurs utiliser des outils informatiques pour pirater certains systèmes, modifier des données ou encore en supprimer. L’objectif pourrait être, par exemple, de perturber la production d’armes ou de rendre certains équipements inutilisables.
La réforme prévoit toutefois des limites. Les agents du BND ne seraient notamment pas autorisés à utiliser la violence contre des personnes à l’étranger, contrairement à certaines pratiques attribuées à des services étrangers comme la CIA américaine ou le Mossad israélien.
Autre changement : les agents du renseignement extérieur n’auraient plus besoin d’une autorisation spécifique pour transporter des armes à l’étranger. Leur utilisation resterait cependant limitée à la légitime défense.
Une rupture avec la prudence historique allemande
Cette réforme constitue une évolution particulièrement sensible en Allemagne. Le pays reste profondément marqué par les abus commis par la Gestapo sous le régime nazi et par la Stasi en Allemagne de l’Est. Ces expériences ont longtemps justifié un encadrement particulièrement strict des services de renseignement.
Mais depuis le début de la guerre en Ukraine, les autorités allemandes estiment que ce cadre doit évoluer. Berlin considère désormais que ses services disposent de capacités insuffisantes par rapport à celles de plusieurs autres pays européens et dépendent encore trop des renseignements transmis par leurs partenaires étrangers.
L’Allemagne veut donc adapter son appareil de renseignement à une nouvelle réalité sécuritaire, dans laquelle les menaces ne se limitent plus aux opérations militaires classiques.
Les libertés publiques au cœur des inquiétudes
La réforme ne fait toutefois pas l’unanimité. Ses opposants craignent que l’élargissement des pouvoirs accordés aux services secrets ne porte atteinte à la vie privée et aux libertés fondamentales.
Les critiques portent notamment sur l’utilisation de logiciels malveillants permettant de pénétrer dans des systèmes informatiques, mais aussi sur le recours accru à l’intelligence artificielle, l’accès à certaines caméras de vidéosurveillance privées ou encore la possibilité de mener des contre-attaques informatiques.
Le chef des libéraux allemands, Wolfgang Kubicki, a ainsi dénoncé une décision qui, selon lui, revient à « briser un tabou historique ». De son côté, l’Association pour les droits fondamentaux (GFF) redoute un « accroissement massif des pouvoirs des services de renseignement ».
Le débat qui s’ouvre désormais au Parlement allemand s’annonce donc particulièrement sensible : comment renforcer l’efficacité des services secrets face à la menace russe et aux nouvelles formes de guerre hybride, tout en évitant que cette évolution ne se fasse au détriment des libertés individuelles ?
C’est tout l’enjeu de cette réforme, qui pourrait marquer un changement profond dans la conception allemande du renseignement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
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