Posted by - senbookpro -
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Le Maroc franchit une étape majeure de sa transition démographique. Selon une récente analyse de l’Institut national d’études démographiques (INED), le taux de fécondité du Royaume a atteint en 2024 un niveau historiquement bas de 1,97 enfant par femme, passant ainsi pour la première fois sous le seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1 enfants par femme.
Cette évolution place le Maroc dans une nouvelle phase démographique, marquée par une baisse continue du nombre de naissances et des changements profonds dans les comportements familiaux et sociaux.
Dans son étude consacrée aux transformations démographiques au Maghreb, l’INED souligne que la région a connu ces dernières années des trajectoires contrastées. Alors que certains pays ont enregistré des périodes de stabilisation ou de légère remontée de la fécondité avant un nouveau recul, le Maroc se distingue par une diminution régulière et ininterrompue du nombre moyen d’enfants par femme.
Les chercheurs estiment que la période comprise entre 2014 et 2024 constitue un tournant majeur. Après plusieurs décennies de baisse progressive, le Royaume est désormais passé sous le seuil nécessaire au renouvellement naturel de la population, une situation déjà observée dans plusieurs pays développés.
L’étude met en évidence que cette diminution de la fécondité ne s’accompagne pas d’un bouleversement du calendrier des naissances. Les femmes marocaines continuent en effet d’avoir leurs enfants principalement entre 25 et 29 ans, tranche d’âge qui demeure le cœur de la fécondité nationale.
Cependant, les démographes observent une baisse progressive du nombre de naissances dans pratiquement toutes les catégories d’âge. Le recul a d’abord concerné les femmes âgées de 30 à 34 ans avant de s’étendre aux générations plus jeunes. Cette tendance explique la diminution globale du nombre d’enfants par femme enregistrée au cours des deux dernières décennies.
Malgré ces changements, l’âge moyen à la maternité reste relativement stable. Il oscille entre 30,3 et 30,6 ans, signe que la baisse de la fécondité résulte davantage d’une réduction du nombre d’enfants que d’un report massif des naissances.
L’analyse de l’INED met également en lumière l’évolution du rôle du mariage dans la dynamique démographique du pays. Contrairement à certaines idées reçues, la baisse de la fécondité ne semble pas directement liée à un recul de l’institution matrimoniale.
Les données des recensements montrent même une tendance surprenante : l’âge moyen des femmes au premier mariage est passé de 26,3 ans en 2004 à 24,6 ans en 2024. Chez les hommes, la tendance est inverse, avec un âge moyen au mariage qui continue d’augmenter, passant de 31,2 à 32,4 ans sur la même période.
Pour les auteurs de l’étude, cette situation démontre que d’autres facteurs jouent aujourd’hui un rôle déterminant dans la réduction du nombre d’enfants par famille.
Parmi ces facteurs, l’essor de la contraception apparaît comme l’un des éléments les plus importants. Au cours des trois dernières décennies, le recours aux méthodes contraceptives a connu une progression spectaculaire au Maroc.
Selon l’INED, la proportion de femmes mariées utilisant une méthode contraceptive est passée de 40 % en 1990 à près de 70 % en 2020. Cette évolution s’accompagne d’une adoption croissante des méthodes modernes, telles que la pilule contraceptive, le stérilet, les injections hormonales, les implants ou encore la stérilisation.
Les chercheurs soulignent que cette diffusion rapide de la contraception moderne a permis aux couples de mieux planifier les naissances et de maîtriser davantage la taille de leur famille.
Au-delà des facteurs démographiques, l’étude met également en relation cette évolution avec les réalités économiques et professionnelles du pays. Les difficultés d’insertion sur le marché du travail, notamment pour les jeunes diplômés, continuent d’influencer les choix de vie des ménages.
La situation des femmes est particulièrement révélatrice. Si leur participation au marché du travail progresse fortement jusqu’à la fin de la vingtaine, elle tend ensuite à diminuer après l’âge de 30 ans, période correspondant souvent à la prise en charge des responsabilités familiales et parentales.
Cette fragilité des parcours professionnels féminins contribue à modifier les projets familiaux et peut conduire à limiter le nombre d’enfants au sein des ménages.
Enfin, l’INED attire l’attention sur les conséquences futures de cette évolution démographique. Bien que le Maroc demeure encore relativement jeune comparativement à de nombreux pays européens, le vieillissement de sa population devrait progressivement s’accélérer.
En 2024, les personnes âgées représentent environ 13,8 % de la population marocaine. Avec la poursuite de la baisse de la fécondité et l’allongement de l’espérance de vie, cette proportion devrait augmenter significativement dans les prochaines décennies.
Pour les spécialistes, cette transformation constitue l’un des principaux défis que le Maroc devra relever à l’avenir, notamment en matière de protection sociale, de santé, d’emploi et de financement des systèmes de retraite. Elle témoigne également de profondes mutations économiques, sociales et culturelles qui redessinent progressivement le visage de la société marocaine.
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