Posted by - senbookpro -
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Longtemps associée à la protection des infrastructures critiques et des systèmes d’information, la souveraineté numérique devrait désormais intégrer les enjeux liés à la désinformation, aux campagnes d’influence et aux manipulations informationnelles. C’est l’une des conclusions d’un mémoire de recherche soutenu récemment à la Faculté des sciences juridiques et politiques de Settat, qui invite à élargir la réflexion sur les nouvelles formes de défense dans le cyberespace.
À l’heure où les cybermenaces gagnent en sophistication, la souveraineté numérique ne peut plus être appréhendée sous le seul angle de la sécurité technique. Si la protection des réseaux, des centres de données et des infrastructures critiques demeure indispensable, les défis se déplacent désormais vers les dimensions cognitive, informationnelle et sémantique du cyberespace. Une évolution qui conduit à repenser les politiques publiques de cybersécurité, à mesure que les campagnes de désinformation, les opérations d’influence et les contenus manipulatoires prennent une place croissante dans l’environnement numérique.
C’est précisément cette évolution qu’analyse un mémoire de recherche intitulé « Souveraineté et défense au sein du cyberespace : de la sécurité technique à la défense sémantique – Étude théorique et empirique de la sécurité et de l’immunisation sémantiques dans la couche interactive : plateforme, créateur de contenu et récepteur ». Le travail défend l’idée que la souveraineté numérique ne se mesure plus uniquement à la capacité d’un État à protéger ses infrastructures, mais également à son aptitude à préserver la confiance, à limiter les effets des manipulations informationnelles et à renforcer la résilience de ses citoyens.
Réalisé par le journaliste et chercheur Abdessamad Dniden dans le cadre du Master en droit des médias et de la communication à la Faculté des sciences juridiques et politiques de Settat, ce mémoire adopte une approche interdisciplinaire à la croisée du droit, de la cybersécurité et des sciences de la communication. Son cadre théorique s’appuie notamment sur les travaux de Martin Libicki, qui distingue les différentes couches du cyberespace, ainsi que sur ceux de l’École de Copenhague relatifs à la « sécurisation », afin d’analyser la manière dont certaines problématiques numériques sont progressivement construites comme des enjeux de sécurité.

Une part importante de la recherche est consacrée au Maroc. Le mémoire examine le cadre juridique et institutionnel de la cybersécurité et de la souveraineté numérique, tout en analysant le rôle des principaux acteurs nationaux chargés de la protection des systèmes d’information. Il met également en évidence l’influence croissante des grandes plateformes numériques sur la circulation de l’information, la production des contenus et la formation des représentations collectives.
Pour étayer son analyse, le chercheur a mené une enquête de terrain combinant approches qualitative et quantitative auprès d’un échantillon raisonné de 384 répondants. Cette démarche visait à mieux comprendre les représentations des élites marocaines concernant la souveraineté numérique, la nature des risques cybernétiques ainsi que les responsabilités respectives des institutions, des plateformes, des créateurs de contenu et des utilisateurs.
Les résultats montrent que la souveraineté numérique demeure largement associée à la maîtrise des infrastructures, des réseaux et des données. Ils révèlent toutefois une prise de conscience croissante des risques liés à la désinformation, aux campagnes d’influence et aux contenus manipulatoires, désormais perçus comme des menaces susceptibles d’affecter les perceptions collectives, la confiance du public et, plus largement, la résilience de la société.
L’étude souligne également le rôle structurant de la relation interactive entre la plateforme numérique, le créateur de contenu et le récepteur. Selon ses conclusions, cette interaction constitue aujourd’hui le principal espace où se construisent, circulent et se transforment les contenus numériques. Le mémoire estime par ailleurs que le récepteur représente le maillon le plus vulnérable de cette chaîne, en raison d’une implication encore limitée dans les pratiques de vérification de l’information, de signalement des contenus illicites ou trompeurs et de participation active à la sécurité numérique.
Autre enseignement mis en avant : l’existence d’un déficit de communication numérique de sécurité entre les institutions et les citoyens. Le mémoire considère que la confiance dont bénéficient les institutions publiques ne suffit pas, à elle seule, à garantir l’efficacité des messages de sensibilisation. Celle-ci dépend également de leur capacité à produire des contenus accessibles, compréhensibles et adaptés aux usages des différentes plateformes numériques.
À partir de ces constats, le chercheur propose un modèle conceptuel articulant communication numérique de sécurité, défense sémantique et résilience sociétale face aux menaces informationnelles. Il recommande notamment l’élaboration d’une stratégie nationale de communication numérique de sécurité, le renforcement de l’éducation au numérique et à l’information, ainsi que le développement de partenariats durables entre les institutions publiques, les médias, les universités et les acteurs de la société civile.
Soutenu le 4 juillet 2026, le mémoire a été sanctionné par la note de 18/20. À l’issue de la soutenance, le jury a salué la pertinence et l’actualité du sujet, la rigueur méthodologique de la recherche ainsi que son approche interdisciplinaire, estimant qu’elle contribue à enrichir la réflexion sur les nouveaux enjeux de la souveraineté numérique à l’ère du cyberespace.
The post Cybersécurité : plaidoyer pour une nouvelle approche de la souveraineté numérique appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc.
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