Posted by - senbookpro -
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L’année 2028 marquera le terme du recours aux mécanismes dits de « financements innovants », une ressource exceptionnelle qui a permis d’injecter près de 150 milliards de dirhams (MMDH) dans les caisses de l’État depuis 2019. L’arrêt programmé de cette manne financière intervient dans un contexte de forte hausse des dépenses sociales, d’alourdissement du service de la dette et de piétinement des réformes structurelles, notamment celle des régimes de retraite.
Dans son rapport annuel au titre de l’exercice 2025, Bank Al-Maghrib tire la sonnette d’alarme. La banque centrale soulève les risques d’un double défi pour la soutenabilité du budget national : l’expansion continue des charges obligatoires — tirées par la généralisation de la protection sociale, les aides directes et la masse salariale — conjuguée à l’extinction d’une recette ponctuelle dont le concours au Trésor n’a cessé de croître.
Instaurés en 2019 avec une première levée de 9,4 MMDH, les financements innovants ont connu une trajectoire ascendante : 2,6 milliards en 2020, 11,9 milliards en 2021, puis une accélération à 25,1 milliards en 2022 et 25,4 milliards en 2023. Le rythme s’est encore intensifié pour atteindre 35,3 milliards en 2024, avant de culminer au niveau record de 40,1 milliards de dirhams en 2025.
Au total, ces mécanismes auront permis de drainer 149,8 milliards de dirhams en sept ans, leur volume annuel ayant été multiplié par plus de quatre. Pour mesurer l’impact de ce dispositif, les 40,1 milliards de dirhams générés en 2025 ont couvert à eux seuls plus de la moitié du besoin de financement de l’État, qui s’élevait à 74 milliards de dirhams cette même année. L’arrêt complet de ces opérations dès 2028 laisse entrevoir un vide budgétaire béant s’il n’est pas anticipé par des ressources pérennes.
L’échéance de 2028 coïncide avec un enlisement prolongé du dossier de la retraite. Bank Al-Maghrib qualifie la situation d’« inertie » qui dure depuis près d’une décennie, menaçant directement l’équilibre financier de certains fonds.
Le retard pris dans ce chantier accentue le risque systémique : le coût du déséquilibre ne s’estompe pas avec le temps mais s’accumule au rythme du vieillissement démographique et de l’augmentation du nombre de bénéficiaires.
Sans correction rapide, note BAM, le Trésor pourrait être contraint de procéder ultérieurement à des transferts massifs, d’augmenter les cotisations ou de revoir à la baisse le niveau des pensions. L’institut d’émission classe ainsi ce blocage parmi les menaces directes sur la soutenabilité budgétaire, au même titre que l’inflation des dépenses d’aide sociale et la masse salariale.
Par ailleurs, le rapport relève que les marges de manœuvre budgétaires se réduisent également sous le poids des dépenses de personnel. En 2025, les charges de fonctionnaires se sont établies à 179,7 milliards de dirhams (+9,2 %), sous l’effet des accords du dialogue social, du versement de la seconde tranche de revalorisation salariale et de la création nette de 12 524 postes budgétaires. La masse salariale a ainsi atteint 10,4 % du PIB, contre 10,2 % un an plus tôt, s’imposant comme une dépense rigide difficile à compresser à court terme.
Parallèlement, les intérêts de la dette ont bondi de 22,3 % pour atteindre 41,5 milliards de dirhams. À elle seule, la charge d’intérêts dépasse désormais le double de l’enveloppe consacrée à la Caisse de compensation (17,7 milliards de dirhams). Si l’encours de la dette directe du Trésor s’est légèrement détendu en part de PIB (66,6 % contre 67 % en 2024 grâce à la croissance nominale), sa valeur nominale progresse de 5,9 % pour s’établir à 1 145 milliards de dirhams, avec un coût moyen porté à 3,8 %.
Le budget fait face à de nouveaux engagements structurels qu’il sera difficile de réduire : aides sociales directes, généralisation de la couverture médicale et mise à niveau du système de santé. Les transferts vers le Fonds de soutien à la protection sociale et à la cohésion sociale ont ainsi progressé de 11,6 milliards de dirhams en 2025. Pour faire face aux imprévus et aux engagements du dialogue social, le gouvernement a dû ouvrir 13 milliards de dirhams de crédits supplémentaires en cours d’exercice. L’institut d’émission note que le recours systématique à ces décrets d’avance depuis 2022 pose la question de la prévisibilité et de la sincérité de la programmation budgétaire.
Pourtant, l’exercice 2025 affiche des indicateurs de façade rassurants : les recettes fiscales ont progressé de 15,3 % (+51,4 milliards de dirhams) pour atteindre 388 milliards, ramenant le déficit budgétaire de 3,9 % à 3,5 % du PIB. Le solde ordinaire positif (75,5 milliards de dirhams) a permis de financer plus de 60 % des investissements publics. Toutefois, la banque centrale avertit que cette dynamique fiscale, portée par la reprise économique et des régularisations spontanées exceptionnelles réalisées en 2024, pourrait s’essouffler en cas de retournement de conjoncture.
Pour combler le vide qui sera laissé par la fin des financements innovants, le rapport esquisse plusieurs leviers d’ajustement. Outre la réforme urgente des retraites, l’accent est mis sur l’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre l’informel et la rationalisation des dépenses publiques.
Le ciblage des subventions reste un gisement prioritaire : la Caisse de compensation a absorbé 17,7 milliards de dirhams en 2025, profitant encore largement aux ménages aisés. De même, les niches fiscales représentent un manque à gagner supérieur à 32 MMDH/an. À eux deux, ces postes frôlent les 50 milliards de dirhams. La réallocation d’une partie de ces ressources constitue l’une des principales options pour dégager des marges de manœuvre sans alourdir la pression fiscale ni creuser l’endettement.
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