Posted by - senbookpro -
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Le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2024, publié par le Haut-Commissariat au Plan en mars 2026, dresse un portrait à la fois nuancé et sans concession de la réalité des personnes en situation de handicap (PSH) au Maroc.
Si la prévalence nationale affiche un léger recul (4,8 % contre 5,1 % en 2014), le nombre absolu de personnes concernées a franchi le cap des 1,73 million. Derrière ces chiffres se cache une réalité multidimensionnelle : des avancées institutionnelles et sanitaires cohabitent avec des inégalités tenaces, notamment en milieu rural et parmi les femmes.
Loin d’être un simple bilan statistique, ce rapport agit comme un miroir des choix structurels du pays : jusqu’à quel point le modèle de développement marocain parvient il à transformer la vulnérabilité en autonomie réelle ?
Le RGPH 2024 confirme une tendance lourde : le handicap au Maroc est aujourd’hui intrinsèquement lié à l’avancée en âge. Plus de la moitié des PSH ont 60 ans ou plus, et près d’une personne âgée sur cinq vit avec un handicap fonctionnel.
Cette réalité n’est pas un accident statistique, mais le reflet d’une transition démographique et épidémiologique qui allonge l’espérance de vie sans que les écosystèmes de prise en charge de la dépendance ne suivent le même rythme.
Paradoxalement, si le taux global diminue légèrement, les zones rurales affichent une prévalence stable, voire en légère hausse pour certaines catégories, creusant un fossé territorial qui interroge la pertinence des politiques de proximité. Les femmes, en particulier rurales et âgées, cumulent les vulnérabilités : prévalence plus élevée, veuvage accru (34,2 % contre 4,0 % chez les hommes), et isolement relatif. Le rapport le souligne avec sobriété, mais la question politique reste entière : comment passer d’une logique familiale de prise en charge, aussi solidaire soit-elle, à un véritable filet de protection sociale public, décentralisé et professionnalisé ?
Le véritable goulot d’étranglement de l’autonomie reste l’éducation. Près des deux tiers (67,8 %) des PSH n’ont aucun niveau scolaire, et le taux d’alphabétisation ne dépasse pas 35,4 %, contre 75,2 % pour la population générale. Ce déficit n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un système qui peine encore à internaliser l’inclusion : manque d’établissements adaptés, infrastructures inaccessibles, formation insuffisante des enseignants, et faiblesse des dispositifs de soutien pédagogique.
Cette exclusion scolaire se répercute mécaniquement sur le marché du travail : seuls 8,9 % des PSH sont actifs occupés. Le rapport note une surreprésentation du travail indépendant et du salariat privé, souvent précaire, tandis que les femmes PSH restent massivement cantonnées au rôle de « femme au foyer » (30,3 %).
On ne peut invoquer l’inaptitude physique pour expliquer cette marginalisation économique, c’est bien l’absence de formations professionnelles adaptées, les discriminations à l’embauche et l’inaccessibilité des lieux de travail qui perpétuent un cycle de dépendance. Le Maroc a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées en 2009, mais le fossé entre le droit formel et la réalité quotidienne reste béant.
Les conditions d’habitat révèlent une autre ligne de fracture. Si la propriété du logement est majoritaire (77,5 %), elle ne garantit ni l’adaptation ni le confort fonctionnel. En milieu rural, seulement 50 % des ménages avec PSH disposent d’eau courante, et à peine 35,6 % d’une salle de bain ou douche.
Ces chiffres ne sont pas anodins : ils traduisent une promiscuité et une insalubrité qui aggravent la dépendance, limitent la mobilité et multiplient les risques de complications sanitaires.
Par ailleurs, à l’ère de la dématérialisation des services publics et de l’économie numérique, seulement 18,3 % des PSH utilisent internet. L’écart est abyssal : 25,4 % en milieu urbain contre 9,3 % en rural ; 20,7 % chez les hommes contre 16 % chez les femmes. La fracture numérique n’est plus un détail technique, elle est devenue un nouveau vecteur d’exclusion qui rend l’accès aux droits, à la téléconsultation, à la formation à distance ou à la recherche d’emploi quasi impossible pour une grande partie de cette population.
Les projections démographiques à l’horizon 2050 oscillent entre 1,56 et 1,96 million de PSH, selon les scénarios de prévalence. Même dans l’hypothèse la plus optimiste, le vieillissement et l’urbanisation imposeront une pression accrue sur les services sociaux, sanitaires et d’accompagnement. Le rapport appelle à juste titre à compléter le RGPH par des enquêtes spécifiques, ce qui est pertinent, mais insuffisant si cela ne se traduit pas par une refonte des mécanismes de gouvernance et de financement.
L’inclusion ne se décrète pas, elle se planifie, se budgétise et s’évalue. Il faut passer d’une approche souvent assistancielle à une logique de droits, où l’accessibilité universelle devient la norme, pas l’exception. Cela implique une coordination intersectorielle réelle (éducation, santé, emploi, urbanisme, numérique), la mise en place d’incitations fortes pour l’embauche et l’aménagement des postes, et surtout, la participation directe des personnes concernées à la conception des politiques qui les visent.
Le RGPH 2024 n’est pas qu’un exercice comptable. C’est un signal d’alarme et une feuille de route. Le Maroc a fait des progrès indéniables, notamment en matière de couverture médicale (63,3 % des PSH sont désormais assurées contre 34,1 % en 2014) et de reconnaissance institutionnelle du handicap. Mais tant que l’école restera un lieu d’exclusion, que le marché du travail ignorera les aménagements raisonnables, et que les zones rurales manqueront d’infrastructures de base, le handicap demeurera synonyme de précarité structurelle.
L’inclusion exige plus que des discours ou des chiffres en baisse relative. Elle exige des investissements ciblés, une territorialisation fine des politiques publiques, et un changement de regard : considérer les personnes handicapées non comme des bénéficiaires passifs, mais comme des acteurs à part entière du développement. Le compte à rebours vers 2050 a commencé.
Le choix est clair : adapter la société à la diversité humaine, ou laisser une partie de sa population sur le bord de la route.
*Chercheur en Sciences politiques
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