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L’Algérie post-2019 représente une phase complexe et contrastée de son histoire contemporaine, caractérisée par des enjeux politiques, sociaux et économiques majeurs. En février 2019, un mouvement populaire sans précédent, le « Hirak », éclate à travers le pays, sur fond d’une crise politique consécutive à la persistance du défunt Président Abdelaziz Bouteflika à briguer un cinquième mandat présidentiel.
Ce mouvement de contestation réclamait des changements dans la gouvernance, la politique, et la structure de l’État, écrit Abdessalam Saad Jaldi, analyste au Policy Center for the New South (PCNS). Dans un Policy Paper, il souligne que les manifestants exprimaient leur rejet des pratiques issues de la Ière République, de nature militaire, héritées des dissensions et rivalités qui existaient durant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) et qui ont éclaté avec l’indépendance.
Ces tensions ont perduré jusqu’à la déclaration du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), bras politique du FLN, qui se présentait comme le représentant légitime. Les manifestants appelaient ainsi à l’instauration d’une deuxième République, arrimée avec les transformations de la société algérienne, note-t-il.
À travers ses revendications, le « Hirak » exprimait un désir de renouvellement du pouvoir, de transparence et de réformes en amorçant une transition démocratique vers une nouvelle République et à transformer le modèle économique algérien, tributaire de la rente des hydrocarbures.
Cependant, face à cette pression populaire, la réponse de l’establishment au pouvoir a été, en grande partie, marquée par des réformes limitées et la perpétuation du statu quo politique, de surcroît aggravé par une omniprésence sans précédent de l’institution militaire dans le cadrage des rouages de la vie politique algérienne. Cette attitude semble en contradiction avec les revendications et doléances exprimées par les manifestants lors du soulèvement de 2019 et soulève ainsi des interrogations sur la véritable portée des changements opérés depuis la fin du mouvement.
Le régime ne semblait avoir opéré que quelques ajustements superficiels, comme le dénotent les ambigüités entourant l’adoption de la nouvelle Constitution algérienne de 2020, mais les aspirations profondes à un changement fondamental de la gouvernance demeurent largement insatisfaites.
Dans ce contexte, il s’avère essentiel d’analyser les dynamiques politiques, économiques et de politique étrangère, ainsi que les tensions qui existent entre la volonté de réforme et les résistances institutionnelles. Dans cette perspective, l’Algérie post-2019 est-elle réellement parvenue à amorcer un changement durable et à répondre aux exigences de sa population ?
Le Président Tebboune avait fait de la diversification économique un des chantiers phares de sa politique économique. Or, cinq ans après son élection, il est indéniable de relever que cette entreprise, indispensable pour refonder l’économie algérienne, peine à se concrétiser, alors que le secteur des hydrocarbures représente encore 14 % du PIB, dont 86% des exportations et 47 % des recettes budgétaires.
Il faut dire que la dépendance aux hydrocarbures s’avère plus que jamais une arme à double tranchant : si cette dépendance permet de reporter les réformes considérées comme les plus socialement douloureuses (juste avant le début de la guerre en Ukraine, le président avait présenté une réforme du système de subvention des produits de base), laquelle guerre a rehaussé le profil stratégique d’Alger, renforcé la rente énergétique (en 2022, les revenus du secteur ont atteint 60 milliards d’euros, soit une croissance de 70 % par rapport à l’année précédente), remettant considérablement en cause la recherche par les autorités algériennes de la soutenabilité financière, tout en mettant en pause l’entreprise de diversification.
L’Algérie post-2019 se trouve à un carrefour décisif de son histoire contemporaine, marqué par une volonté populaire de transformation profonde et une réponse politique qui semble plutôt superficielle. Le mouvement du « Hirak », tout en étant un catalyseur d’espoirs de réformes, n’a
pas réussi à provoquer les changements radicaux attendus par une grande partie de la population.
Si le rejet des pratiques héritées de la première République et la demande de changement vers une deuxième République ont été largement exprimés, les autorités en place ont opté pour une stratégie de maintien du statu quo, avec des réformes limitées, notamment la révision constitutionnelle de 2020, qui n’a pas permis de réconcilier les aspirations sociales et politiques avec les réalités institutionnelles du pays.
Le rôle prédominant de l’armée et l’absence de réelles avancées démocratiques montrent que le pouvoir algérien reste fortement ancré dans des logiques de contrôle et de gestion de crise, plutôt que d’ouverture véritable au dialogue et à la pluralité.
Les défis économiques, en particulier la dépendance continue aux hydrocarbures et les inégalités sociales persistantes, accentuent encore l’impossibilité d’une réforme complète.
Ainsi, malgré l’effervescence du « Hirak » et la volonté affichée de réformes, le chemin vers une Algérie nouvelle et plus démocratique semble semé d’embûches. L’Algérie, entre réformes incomplètes et résistances institutionnelles, peine encore à répondre aux exigences profondes de son peuple et à amorcer un véritable changement durable. La résurgence d’un conflit d’hashtag dans les réseaux sociaux entre « #ManishRadi » appelant à la reprise du « Hirak », et « Ana mâa bladi », pro-régime, révèlent les profondes divisions de la société algérienne sur la trajectoire empruntée par les autorités algériennes depuis le « Hirak » de 2019.
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