Posted by - senbookpro -
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À l’approche de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, la question de l’héritage de l’événement dépasse largement le seul cadre sportif. Si les performances des Lions de l’Atlas ont considérablement renforcé la visibilité internationale du Royaume ces dernières années, leur capacité à se transformer en un véritable levier d’influence durable dépendra d’une stratégie plus globale, associant culture, recherche, innovation, diplomatie et récit national. C’est le constat dressé par une étude du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD), qui invite à élargir les fondements du « soft power » marocain.
Intitulée « Le Maroc et le Mondial : entre performance sportive, dynamique médiatique et construction du soft power », cette étude met en garde contre une approche jugée trop restrictive de l’influence marocaine. Réduire le soft power à la seule réussite sportive, tout en privilégiant les investissements dans les infrastructures au détriment des valeurs, de la narration nationale et des autres secteurs d’excellence, constituerait, selon ses auteurs, une erreur stratégique.
Le rapport invite ainsi les pouvoirs publics à reproduire, dans d’autres domaines, la méthode qui a fait le succès de l’Académie Mohammed VI de football. Présentée comme un modèle ayant permis l’émergence de joueurs de niveau international, cette expérience pourrait, selon l’étude, être transposée aux secteurs scientifique et technologique à travers la création d’académies nationales dédiées aux mathématiques, à l’intelligence artificielle et aux métiers de l’industrie.
Au-delà de cette proposition, les auteurs dressent un diagnostic plus global des limites actuelles de la stratégie marocaine de rayonnement. Ils relèvent notamment une coordination institutionnelle insuffisante entre les départements ministériels concernés par le soft power, ce qui, à leurs yeux, freine la cohérence des politiques publiques.
L’étude, consultée par Hespress FR, pointe également une représentation internationale du Maroc souvent réduite à une image folklorique, qui ne reflète pas la diversité culturelle du pays. À cette faiblesse s’ajoute, selon les auteurs, l’absence d’une stratégie médiatique internationale structurée, capable d’anticiper et de contrer les récits concurrents qui devraient se multiplier à l’approche de la Coupe du monde 2030.
Autre lacune relevée : la diaspora marocaine demeure principalement considérée sous l’angle de sa contribution financière, alors qu’elle pourrait constituer un puissant vecteur d’influence et un vivier de compétences organisé au service de la stratégie nationale. Le rapport regrette également l’absence d’indicateurs indépendants et réguliers permettant d’évaluer l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre dans ce domaine.
Pour répondre à ces insuffisances, le CAESD recommande l’élaboration d’une stratégie nationale unifiée du soft power, fondée sur des objectifs mesurables et appelée à se prolonger bien au-delà de l’échéance de 2030. Celle-ci devrait intégrer explicitement les dimensions sociales et les valeurs du Royaume, tout en s’appuyant sur un mécanisme gouvernemental central chargé d’assurer la coordination des différents secteurs et d’évaluer périodiquement les résultats obtenus.
La gestion des grands événements internationaux occupe également une place importante parmi les recommandations. Le rapport préconise la création d’une cellule permanente de gestion des crises, capable d’assurer une communication immédiate en plusieurs langues, de coordonner les interventions sur le terrain et de travailler en lien avec les organisations internationales.
Les auteurs estiment que la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 constitue un premier enseignement institutionnel dont il convient de tirer les leçons avant l’organisation de la Coupe du monde 2030. Dans cette perspective, ils recommandent la mise en place d’un dispositif permanent de veille médiatique chargé d’analyser la couverture internationale du Maroc, de suivre les principaux mots-clés associés au Royaume sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, et de produire régulièrement des analyses de perception, notamment sous la forme de nuages de mots.
L’étude revient également sur le slogan souvent mis en avant par les autorités, selon lequel le sport doit être « un levier de conscientisation et non d’anesthésie ». Pour donner un contenu concret à cette ambition, elle propose l’instauration d’un « test d’impact sur la jeunesse » qui deviendrait un critère d’évaluation de toute grande politique sportive.
L’objectif serait de mesurer les bénéfices réels des investissements en matière de formation, d’insertion professionnelle et de développement des équipements sportifs de proximité, au-delà du seul gain d’image internationale. Les auteurs suggèrent aussi que chaque dirham investi dans les infrastructures destinées au sport de haut niveau soit accompagné d’une part obligatoire consacrée au développement du sport scolaire et de quartier.
Ils recommandent en outre d’intégrer les valeurs portées par la pratique sportive dans les programmes éducatifs et les activités périscolaires, grâce à une coopération entre les ministères de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et la Fédération royale marocaine de football.
Les recommandations s’adressent également aux différents acteurs institutionnels. Le ministère du Tourisme est invité à diversifier l’offre marocaine, tant sur le plan géographique que saisonnier, en développant notamment les liaisons aériennes et maritimes vers de nouveaux marchés, parmi lesquels l’Amérique latine, où la Coupe du monde 2026 aurait révélé un important capital de sympathie en faveur du Maroc.
Le ministère de la Culture est, pour sa part, appelé à soutenir une production culturelle et cinématographique destinée à l’exportation numérique. L’étude cite en particulier la réalisation de documentaires et de productions de fiction retraçant « l’épopée de la génération dorée » du football marocain. Elle recommande également de renforcer la documentation et la protection internationale du patrimoine artisanal et gastronomique marocain à travers les procédures d’inscription auprès des organismes compétents.
Les collectivités territoriales sont invitées à inscrire les infrastructures liées au Mondial 2030 dans leurs stratégies de développement urbain et à faire participer les villes moyennes aux retombées économiques générées par l’événement.
Le rapport s’adresse aussi aux médias, auxquels il recommande de produire des contenus destinés au public international en plusieurs langues et de développer une expertise journalistique en matière de diplomatie publique et de gestion des crises d’image.
Enfin, les auteurs plaident pour une refonte de la politique à l’égard des Marocains résidant à l’étranger et des créateurs de contenus. Ils proposent de passer d’une logique centrée sur les transferts financiers à un véritable « contrat de contribution stratégique », fondé sur des plateformes de partage des compétences, des mécanismes simplifiés d’investissement, une représentation effective de la diaspora dans les institutions nationales et une politique volontariste d’attraction des talents expatriés. Une démarche qui, selon l’étude, s’inspire directement du modèle ayant permis au football marocain de devenir un instrument de rayonnement international et qu’elle invite désormais à étendre à l’ensemble des secteurs stratégiques du Royaume.
The post Mathématiques, IA, industrie : une étude veut dupliquer le modèle de l'Académie Mohammed VI appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc.
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