Posted by - senbookpro -
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Une récente étude d’Oxfam Maroc tire la sonnette d’alarme sur la régression du temps de parole des femmes dans le paysage audiovisuel national. Entre l’arsenal juridique et la réalité des rédactions, le fossé se creuse.
Le constat est sans appel et le chiffre alarmant : si le Maroc maintient sa trajectoire actuelle, la parité absolue entre hommes et femmes dans les contenus médiatiques ne sera une réalité qu’en 2087. C’est la conclusion cinglante d’une étude inédite intitulée « Analyse des politiques et des outils de régulation de la représentation des femmes dans l’audiovisuel marocain », réalisée par Oxfam Maroc avec l’appui de l’Union européenne.
L’enquête met en lumière un paradoxe typiquement marocain : un arsenal législatif moderne et des textes constitutionnels progressistes qui se heurtent, au quotidien, à une « panne d’exécution » et à des réflexes patriarcaux profondément ancrés dans les routines médiatiques.
Loin de progresser, la visibilité des femmes sur les ondes et les écrans nationaux recule. Le temps de parole des personnalités féminines dans les journaux télévisés et les émissions d’information est passé de 18,01 % en 2023 à 16,75 % en 2024. Ce score place le Maroc à près de huit points en dessous de la moyenne mondiale (25 %), mesurée par le Global Media Monitoring Project.
Ce déclin structurel s’explique, selon le rapport, par cinq obstacles majeurs. En tête de liste : la rareté des données publiques régulières, le caractère « punitif tardif » des interventions de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), et la domination d’une culture de rédaction masculine. Les femmes journalistes ou expertes restent trop souvent cantonnées à des rôles secondaires, exclues des sphères décisionnelles et managériales.
L’étude ne se limite pas aux médias traditionnels et pointe du doigt l’espace numérique, qualifié de véritable zone de non-droit pour les professionnelles de l’information. Les journalistes et activistes marocaines y subissent des campagnes de diffamation et un cyberharcèlement féroce. Une « violence symbolique » systémique qui vise, selon Oxfam, à neutraliser la voix des femmes et à les chasser de l’espace public.
Autre anomalie épinglée : la période de Ramadan, décrite comme une phase de « régression systémique ». Sous la pression des audiences et de la course à l’audimat, les capsules humoristiques, les séries et les spots publicitaires multiplient les clichés sexistes. Le corps et l’image de la femme y sont fréquemment instrumentalisés à des fins de dérision, renforçant la figure centrale de l’homme dominant.
La présence des femmes en tant qu’expertes souffre également d’une ségrégation thématique flagrante. Leur taux d’intervention sur les plateaux publics oscille péniblement entre 15 % et 18 %. Pire encore, elles sont systématiquement sollicitées pour commenter des sujets dits « féminins » ou sociétaux. Les analyses politiques, économiques et techniques, elles, demeurent le monopole quasi-exclusif des hommes, perpétuant le mythe d’une infériorité cognitive des femmes pourtant hautement qualifiées.
En comparant le Maroc à des modèles comme la France, l’Espagne, le Canada ou la Tunisie, l’étude rappelle que le succès réside dans l’association des textes légaux à des indicateurs chiffrés annuels et des cahiers des charges contraignants. Le problème marocain n’est pas législatif, il est opérationnel.
Dix pistes pour briser le plafond de verre
Pour inverser la tendance, le rapport formule dix recommandations stratégiques. Parmi les plus urgentes :
– Refondre la Charte nationale de l’amélioration de l’image de la femme dans les médias (datant de 2005) pour en faire un outil contraignant.
– Créer un « Baromètre annuel » piloté par la HACA pour mesurer la présence effective des femmes.
– Lancer une plateforme numérique nationale des expertes marocaines, facilitant l’accès des journalistes à des sources féminines spécialisées.
– Conditionner les financements publics et les contrats de production externe à des clauses strictes d’égalité des genres.
– Mettre en place un système de plainte électronique simple pour permettre aux citoyens de signaler les contenus dégradants ou sexistes.
Basée sur une méthodologie rigoureuse incluant 24 entretiens approfondis avec des acteurs institutionnels, des journalistes et la société civile, cette étude résonne comme un avertissement. Pour Oxfam Maroc, la transition vers une parité médiatique ne se fera pas à coups de déclarations d’intention, mais par une réelle volonté politique capable d’imposer des réformes structurelles.
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