Posted by - senbookpro -
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Le débat sur le maintien de l’heure légale au Maroc ne relève pas d’une simple décision administrative. Selon le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, le choix du régime horaire constitue avant tout « une question de santé publique et de bien-être social », dont les répercussions s’étendent à l’éducation, à la sécurité routière, au monde du travail, à l’économie et même à l’environnement.
Dans une analyse intitulée « Heure d’hiver : Une question de santé publique et de bienêtre social, pas seulement une question d’horloge« , consacrée aux différents systèmes horaires, le spécialiste plaide en faveur de l’heure d’hiver permanente, qu’il considère comme la solution la plus respectueuse du fonctionnement biologique humain et la mieux adaptée aux réalités marocaines.
Une décision qui concerne bien plus que l’heure
D’après le Dr Hamdi, le choix d’un régime horaire « ne touche pas uniquement l’organisation administrative du pays ». Il influence directement « la santé publique, l’organisation sociale, l’économie, l’école, les transports, l’environnement, le travail agricole ainsi que la sécurité routière ».
Le médecin rappelle qu’à l’échelle internationale, trois modèles coexistent : l’heure légale stable, correspondant généralement à l’heure d’hiver, l’heure d’été permanente et l’alternance saisonnière entre heure d’hiver et heure d’été.
Or, selon lui, les connaissances scientifiques accumulées en chronobiologie convergent aujourd’hui vers une même conclusion.
« Le régime horaire le plus favorable est celui qui respecte le mieux l’horloge biologique humaine et l’exposition naturelle à la lumière du matin », souligne-t-il.
À ce titre, poursuit-il, « l’heure d’hiver permanente apparaît généralement comme l’option la plus compatible avec les rythmes biologiques ». À l’inverse, l’heure d’été permanente, si elle présente l’avantage d’éviter les changements d’heure semestriels, « maintient un décalage durable avec l’heure solaire ». Quant au changement saisonnier, il est considéré comme « le moins favorable sur le plan sanitaire », en raison de l’adaptation brutale qu’il impose à l’organisme, notamment lors du passage à l’heure d’été.
Le rôle déterminant de l’horloge biologique
Selon le Dr Hamdi, le corps humain fonctionne grâce à une horloge biologique interne — le rythme circadien — dont le cycle dure environ vingt-quatre heures avec un léger retard quotidien de dix à trente minutes selon les individus.
Chaque matin, explique-t-il, l’exposition à la lumière naturelle permet au cerveau de corriger ce décalage et de synchroniser l’horloge biologique avec l’heure officielle.
« Ce mécanisme règle le sommeil, l’éveil, la température corporelle, l’appétit, l’attention, l’humeur ainsi que la sécrétion hormonale », précise le spécialiste.
Il rappelle également le rôle essentiel de la mélatonine, souvent qualifiée d’hormone du sommeil. Sa production augmente avec l’obscurité et diminue dès l’apparition de la lumière matinale. Toute perturbation de cette synchronisation peut donc avoir des conséquences sur l’ensemble des fonctions physiologiques.
Les enfants et les adolescents parmi les plus exposés
D’après le Dr Hamdi, un décalage excessif entre l’heure officielle et l’heure solaire favorise plusieurs effets sanitaires : difficultés de réveil, endormissement plus tardif, réduction du temps de sommeil, fatigue matinale, irritabilité, baisse de la concentration et diminution de la vigilance.
Ces effets concernent particulièrement les enfants et les adolescents. Le médecin rappelle que leur rythme biologique les prédispose naturellement à s’endormir plus tard. Lorsque les cours commencent tôt et que le réveil intervient avant le lever du soleil, « la dette de sommeil peut s’aggraver », avec des répercussions possibles sur « l’apprentissage, l’attention et le comportement en classe ».
Selon lui, cette réalité doit constituer un élément central dans toute réflexion sur le choix de l’heure légale.
Travailleurs et usagers des transports également concernés
Le Dr Hamdi souligne que les conséquences ne se limitent pas au milieu scolaire. Les travailleurs matinaux, les ouvriers, les fonctionnaires, les conducteurs, les agriculteurs ainsi que les usagers des transports publics subissent également les effets d’un début de journée dans l’obscurité.
« Commencer la journée sans lumière naturelle peut réduire la vigilance et augmenter les risques liés aux déplacements, à la conduite ou au travail manuel », explique-t-il.
Il rappelle en outre que plusieurs études internationales ont observé une augmentation des infarctus du myocarde, des accidents vasculaires cérébraux, des accidents de la circulation et des accidents du travail après le passage à l’heure d’été.
Selon le Dr Hamdi, ces événements ne sont pas provoqués exclusivement par le changement d’heure, mais celui-ci « peut agir comme facteur déclencheur ou aggravant chez les personnes vulnérables, fatiguées ou déjà en déficit de sommeil ».
Des bénéfices économiques à nuancer
Le spécialiste reconnaît néanmoins que l’heure d’été présente certains avantages. Le déplacement d’une heure de lumière en fin de journée favorise les activités commerciales, sportives, touristiques et de loisirs, notamment dans les grandes villes. Les cafés, restaurants, commerces et activités de plein air peuvent ainsi bénéficier d’une fréquentation accrue après les heures de travail.
En revanche, selon le Dr Hamdi, l’argument énergétique, longtemps utilisé pour justifier l’heure d’été, apparaît aujourd’hui beaucoup moins convaincant.
« Les modes de consommation ont profondément changé », observe-t-il. L’éclairage représente désormais une part plus faible de la consommation énergétique grâce aux ampoules LED et aux équipements à basse consommation, tandis que la climatisation, le chauffage, les appareils électroniques, les transports et l’organisation du travail occupent une place bien plus importante.
Dans ces conditions, estime-t-il, « les bénéfices économiques de l’heure d’été ne sont ni automatiques ni universels ». Ils dépendent du climat, des habitudes de mobilité, de la structure économique, des horaires scolaires et professionnels ainsi que du mode de vie de chaque pays.

L’Europe toujours sans consensus
Le Dr Hamdi rappelle également que l’Union européenne avait décidé en 2019 de mettre fin au changement d’heure saisonnier. Toutefois, cette réforme n’a toujours pas été appliquée, faute d’accord entre les États membres.
« Certains pays souhaitent conserver l’heure d’été permanente, d’autres privilégient l’heure d’hiver, tandis que plusieurs redoutent les difficultés de coordination avec leurs voisins », souligne-t-il.
Selon lui, cette situation démontre que « la question de l’heure ne se limite pas à la santé ». Elle concerne également « la géographie, l’économie, les transports internationaux ainsi que les habitudes sociales et les préférences nationales ».
Pour le Maroc, l’heure d’hiver apparaît comme le choix le plus cohérent
À la lumière des spécificités marocaines, le Dr Hamdi estime que l’heure d’hiver constitue la solution la plus adaptée. Le Royaume compte une importante population scolaire, dont les élèves effectuent souvent leurs trajets avant le lever du soleil. Une part significative de l’activité économique demeure également liée à l’agriculture, au travail manuel, aux déplacements matinaux, aux horaires administratifs et aux transports collectifs.
Selon lui, disposer de lumière naturelle dès le début de la journée représente « un facteur de confort, de sécurité et d’efficacité ». La sécurité routière constitue également un argument majeur. Les élèves, les travailleurs et les usagers des transports publics sont davantage exposés aux risques lorsque leurs déplacements s’effectuent dans l’obscurité.
En conclusion, le Dr Hamdi estime que « pour le Maroc, l’heure d’hiver apparaît comme l’option la plus cohérente avec les impératifs sanitaires, scolaires, sociaux, agricoles et biologiques du pays ».
Selon lui, elle permettrait « de réduire les réveils dans l’obscurité, de rapprocher l’heure officielle du rythme naturel du soleil, d’améliorer la qualité du sommeil et de limiter les effets négatifs sur la vigilance et la qualité de vie ».
Le chercheur considère enfin que les éventuelles conséquences sur les échanges économiques internationaux pourraient être compensées « par des mesures adaptées », estimant que les enjeux de santé publique et de bien-être collectif doivent demeurer au cœur de la décision.
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