Posted by - senbookpro -
on - December 6, 2025 -
Filed in - Society -
-
103 Views - 0 Comments - 0 Likes - 0 Reviews
Depuis plusieurs mois, une rumeur tenace circule dans les cafés, les groupes WhatsApp et sur les réseaux sociaux : « Il n’y a plus de billets au Maroc ». Les témoignages s’accumulent : files d’attente devant les guichets, distributeurs automatiques vides, commerçants refusant les cartes…
Ces signaux, perçus comme inquiétants, donnent l’impression d’une économie en manque d’oxygène monétaire. Pourtant, les données officielles racontent une autre histoire. Alors, pourquoi cette dissonance ? Et que révèle-t-elle sur la relation des Marocains à leur argent ?
À ce jour, aucune institution marocaine – ni Bank Al-Maghrib (BAM), ni le ministère de l’Économie, ni la Fédération bancaire – n’a signalé une pénurie de liquidités fiduciaires. Au contraire, les indicateurs macroéconomiques restent stables :
– Les réserves de change dépassent les 40 milliards de dollars (Banque mondiale, octobre 2025), soit plus de huit mois d’importations couvertes.
– La masse monétaire (M1) – qui inclut les billets et les dépôts à vue – a augmenté de 5,2 % en glissement annuel (BAM, Bulletin économique, septembre 2025).
– Aucune restriction n’a été imposée sur les retraits en espèces, contrairement à ce qui s’est produit dans d’autres pays en crise (comme le Liban ou la Tunisie récemment).
En clair : l’argent liquide existe bel et bien. Mais il ne circule pas toujours là où on l’attend, ni au moment où on en a besoin.
Plusieurs facteurs concrets expliquent pourquoi les citoyens ressentent une pénurie, même si elle n’est pas réelle au niveau macroéconomique :
1. Concentration géographique et logistique
Les distributeurs automatiques (DAB) et les caisses des banques ne sont pas uniformément approvisionnés. Dans les quartiers populaires, zones rurales ou périphériques, les livraisons de billets peuvent être retardées par des contraintes logistiques ou sécuritaires. Résultat : un commerçant à Hay Mohammadi (Casablanca) peut voir son DAB vide pendant 48 heures, tandis qu’un client à Agdal (Rabat) n’a aucun problème.
2. Demande saisonnière accrue
Les Marocains retirent massivement en espèces avant les fêtes religieuses, la rentrée scolaire ou la saison des mariages (souvent concentrée entre mai et août). Selon la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR), les retraits en espèces augmentent de 20 à 30 % durant ces périodes. Cette demande ponctuelle crée des tensions locales, vite interprétées comme un signe de crise.
3. Défiance persistante envers le numérique
Malgré la montée en puissance des paiements électroniques (le nombre de transactions sans contact a triplé entre 2020 et 2024, selon BAM), une large frange de la population – notamment les travailleurs informels, les petits commerçants et les personnes âgées – préfère encore le cash. Pour eux, l’argent « qui se touche » est le seul véritable. Lorsqu’un DAB tombe en panne ou qu’un commerçant refuse la carte (souvent pour éviter les commissions), la frustration se transforme vite en rumeur : « La banque cache l’argent. »
4. L’effet viral des réseaux sociaux
Un simple post montrant un DAB affichant « indisponible » peut être partagé des milliers de fois, amplifié par l’anxiété économique ambiante. Dans un contexte de hausse du coût de la vie (l’inflation alimentaire reste à 4,1 % en novembre 2025, selon le HCP) et de sécheresse prolongée, les citoyens sont plus sensibles aux signaux de vulnérabilité.
Bank Al-Maghrib, consciente de ces tensions perçues, a récemment renforcé sa communication. Dans son dernier bulletin (octobre 2025), elle rappelle que « la politique monétaire assure une fluidité suffisante de la monnaie fiduciaire » et encourage les citoyens à « adopter progressivement les moyens de paiement modernes ».
Par ailleurs, la Banque Centrale travaille avec les établissements bancaires pour optimiser la rotation des billets, notamment via des camions de transport sécurisés et des systèmes de prévision de la demande.
Finalement, la « pénurie » dont parlent les Marocains n’est pas tant une absence de billets qu’un symptôme de défiance :
– Défiance envers les banques, perçues comme éloignées des réalités quotidiennes.
– Défiance envers le numérique, vu comme complexe, coûteux ou peu fiable.
– Défiance envers les institutions, dans un contexte où l’économie informelle reste un pilier de survie.
C’est ce gap entre la réalité technique et la perception sociale qui constitue le véritable défi. Car même si les chiffres sont rassurants, l’argent n’existe pleinement que lorsqu’il est accessible, visible et digne de confiance.
Le Maroc n’est pas à court de liquidités. Mais il est à un carrefour critique : celui de la transition d’une économie du cash vers une économie numérique inclusive. Pour y parvenir, il ne suffit pas d’installer des DAB ou de promouvoir des applications mobiles.
Il faut aussi écouter l’anxiété des citoyens, renforcer la transparence et accompagner les plus vulnérables dans ce changement. Car quand un citoyen doute de pouvoir retirer 200 dirhams, ce n’est pas seulement le billet qui est en jeu – c’est la confiance dans tout le système.
*Chercheur en Sciences politiques
The post Quand les rumeurs vident les guichets appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc.
At our community we believe in the power of connections. Our platform is more than just a social networking site; it's a vibrant community where individuals from diverse backgrounds come together to share, connect, and thrive.
We are dedicated to fostering creativity, building strong communities, and raising awareness on a global scale.