Posted by - senbookpro -
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Les atouts compétitifs exceptionnels du Maroc continuent de constituer un levier majeur pour attirer les plus grands constructeurs automobiles mondiaux. L’alliance entre des coûts de production compétitifs et un régime fiscal avantageux dans les zones franches a conduit le groupe Renault à revoir ses priorités stratégiques en transférant la production de plusieurs de ses nouveaux modèles de Roumanie vers le Maroc. Le constructeur entend ainsi tirer parti d’un environnement des affaires offrant davantage de flexibilité et une capacité accrue à accompagner la transition vers des lignes de production modernes et électrifiées.
Dans ce contexte, l’usine Dacia de Mioveni, située dans le sud de la Roumanie et appartenant au groupe Renault, traverse une période particulièrement difficile. Considérée comme l’un des principaux sites industriels du pays pour la fabrication et l’exportation de véhicules, elle est confrontée aux conséquences de la décision du constructeur de transférer la production de nouveaux modèles, notamment le Dacia Bigster, vers le Maroc et d’autres pays. Cette réorientation suscite de vives inquiétudes en Roumanie quant à la perte d’attractivité du pays dans l’industrie automobile.
Selon des sources spécialisées, cette décision résulte d’une équation économique défavorable à la Roumanie sur plusieurs plans stratégiques. La forte hausse des prix de l’électricité et du gaz, conjuguée à l’augmentation des coûts de production pour le constructeur français, a réduit la compétitivité du site roumain. À cela s’ajoutent des coûts de main-d’œuvre plus élevés qu’au Maroc, où les salaires demeurent plus compétitifs et où les entreprises bénéficient d’exonérations fiscales dans les zones franches, notamment autour du complexe portuaire Tanger Med, permettant ainsi à Renault d’améliorer ses marges.
Les mêmes sources estiment que la perte de vitesse de la Roumanie dans la production des véhicules du groupe français s’explique également par les choix du gouvernement de Bucarest, qui a relevé la fiscalité pesant sur les entreprises afin de réduire le déficit budgétaire. Cette politique a conduit Dacia à suspendre tout projet d’extension de son usine de Mioveni et à engager des réductions d’effectifs, dans un climat de tensions sociales marqué par des échanges d’accusations entre les syndicats et les autorités.
Lors d’une visite en Roumanie, François Provost, directeur général du groupe Renault, a reconnu que « le groupe fait face à l’un des plus grands défis de son histoire dans le pays, en raison de facteurs à la fois internes et externes ». Il a ajouté que « la forte hausse des prix de l’électricité et du gaz en Roumanie a eu, et continue d’avoir, un impact considérable sur la compétitivité des activités de Renault dans le pays, y compris sur le site de Mioveni, qui doit retrouver sa compétitivité afin que nous puissions, à l’avenir, lui confier la production d’autres modèles ».
Les ventes de Dacia en Roumanie ont également enregistré un net recul ces derniers mois, sous l’effet de l’accumulation des difficultés économiques. Pour la première fois de son histoire, l’usine de Mioveni a produit moins de véhicules que les sites marocains du groupe, alors qu’aucun projet d’extension de la capacité de production n’est actuellement prévu. Mihai Bordeanu, directeur de Dacia Roumanie, a indiqué qu’« en dehors des modèles Duster et Bigster, aucun nouveau projet n’est envisagé pour l’usine ». Les autres modèles sont désormais produits dans les deux usines marocaines du groupe, ainsi que sur les sites d’Oyak Bursa, en Turquie, et de Novo Mesto, en Slovénie.
Lors d’une conférence de presse organisée l’an dernier, Mihai Bordeanu avait déjà affirmé que « les perspectives concernant les futurs investissements de Renault en Roumanie demeurent incertaines, notamment parce que les politiques fiscales et les coûts de l’énergie évoluent dans une direction qui ne sert pas les intérêts du groupe ».
À l’échelle européenne, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) avait adressé, en mai dernier, une lettre à la Commission européenne pour alerter sur la dégradation de la compétitivité du secteur des véhicules utilitaires. L’organisation estimait que, « sans mesures urgentes et coordonnées, l’Europe risque de perdre une partie de ses capacités de production, de son potentiel d’innovation et de ses emplois industriels ».
L’ACEA soulignait également que « l’intensification de la concurrence provenant de régions bénéficiant de structures de coûts, de cadres réglementaires et de stratégies industrielles différents exerce une pression sans précédent sur les constructeurs, les équipementiers et les travailleurs européens ». L’association appelait ainsi à l’élaboration d’une stratégie industrielle européenne cohérente pour le secteur du transport routier, conciliant compétitivité économique, leadership technologique et responsabilité sociale.
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