Posted by - senbookpro -
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Cinq ans après les mesures exceptionnelles annoncées par le président Kaïs Saïed, la contestation refait surface en Tunisie. Dimanche, des milliers de manifestants ont convergé vers l’avenue Habib-Bourguiba, au cœur de Tunis, pour réclamer le départ du chef de l’État. Cette mobilisation, l’une des plus importantes enregistrées depuis plusieurs mois, s’est tenue à l’occasion du cinquième anniversaire des décisions du 25 juillet 2021, qui avaient profondément redessiné le paysage politique tunisien, ainsi que du 69e anniversaire de la proclamation de la République.
Les slogans scandés tout au long de la marche – « Le peuple veut la chute du régime », « Travail, liberté, dignité nationale » – ont ravivé le souvenir des manifestations ayant précédé la révolution de 2011. Ils traduisent le retour d’une contestation nourrie par une crise économique persistante, un malaise social grandissant et une polarisation politique toujours vive entre le pouvoir et ses opposants.
À l’origine de cette mobilisation figure la plateforme nationale de défense des droits et des libertés « Nafass », rapidement rejointe par plusieurs formations de l’opposition, parmi lesquelles le Front de salut national, le mouvement Ennahdha et le Parti républicain. Cette convergence illustre un rapprochement inédit entre des sensibilités politiques longtemps divisées, désormais réunies autour d’un objectif commun : mettre fin à ce qu’elles qualifient de « processus du 25 juillet ».
Malgré un important dispositif de sécurité et l’installation de barrages filtrants dans le centre de Tunis, plusieurs milliers de personnes ont atteint les abords du Théâtre municipal, sur l’avenue Habib-Bourguiba. Les manifestants y ont dénoncé un pouvoir qu’ils jugent responsable d’un blocage institutionnel, d’un isolement diplomatique croissant et d’une dégradation continue de la situation économique.
Pour Wissam Sghaier, porte-parole du Parti républicain, cette démonstration de rue constitue « un message politique clair », révélateur du rejet d’une partie importante de la population à l’égard de la gouvernance actuelle. Selon lui, la Tunisie traverse une crise institutionnelle sans précédent.
Même analyse du côté d’Imed Khemiri, dirigeant du mouvement Ennahdha, qui estime que les cinq dernières années ont été marquées par un recul des libertés publiques et par l’arrestation d’opposants, de journalistes et de militants, sans que les politiques engagées ne produisent d’amélioration tangible sur les plans économique ou social.
Au-delà des revendications institutionnelles, la mobilisation a largement reflété les difficultés auxquelles sont confrontés les Tunisiens dans leur quotidien. La baisse continue du pouvoir d’achat, l’augmentation du coût de la vie et la précarisation des conditions économiques figurent parmi les principales préoccupations exprimées par les manifestants.
Le mécontentement est alimenté par des dysfonctionnements touchant plusieurs régions du pays. Depuis plusieurs semaines, des coupures répétées d’eau potable et d’électricité affectent notamment les gouvernorats de l’intérieur et du sud, au moment où la Tunisie fait face à une vague de chaleur exceptionnelle. Une situation qui accentue les tensions sociales.
À ces difficultés s’ajoutent les fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Inflation élevée, chômage persistant, croissance ralentie et difficultés d’approvisionnement en produits de première nécessité continuent de peser sur l’activité économique. L’opposition considère que ces indicateurs témoignent de l’échec des orientations économiques adoptées par les autorités depuis 2021.
Pour de nombreux participants, la dégradation des services publics constitue désormais un facteur central de la colère populaire. La crise ne se limite plus au terrain politique : elle touche désormais les conditions de vie quotidiennes des citoyens.
La question des détenus politiques a également occupé une place importante dans les manifestations. Les protestataires ont brandi les portraits de plusieurs responsables politiques, militants des droits humains et journalistes incarcérés, réclamant leur libération.
Les partis d’opposition dénoncent, à ce titre, les poursuites visant plusieurs figures politiques, dont le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi. Selon eux, ces procédures relèvent d’une volonté de neutraliser les adversaires du pouvoir et compromettent toute perspective de dialogue national ou d’apaisement politique.
Face à ces critiques, les autorités tunisiennes maintiennent leur ligne de défense. Elles soutiennent que les décisions prises par Kaïs Saïed le 25 juillet 2021 ont permis de préserver l’État face à la corruption et aux crises institutionnelles qui fragilisaient le fonctionnement des institutions.
Dans ses récentes interventions, le président tunisien affirme que ces mesures répondaient aux attentes de la population et s’inscrivent dans une lutte contre les réseaux de corruption et les groupes d’intérêts. Il insiste également sur l’indépendance de la justice dans le traitement des affaires en cours.
Le pouvoir attribue enfin une partie des difficultés économiques à des facteurs extérieurs ainsi qu’à ce qu’il présente comme des tentatives de déstabilisation interne. Il rejette, en revanche, les accusations de l’opposition relatives à un recul des libertés publiques ou à une instrumentalisation de la justice contre les opposants politiques.
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