Posted by - senbookpro -
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Alors que les débats sur l’efficacité des politiques publiques de l’emploi se poursuivent au Maroc, une étude scientifique publiée fin juillet 2026 dans la revue Discover Global Society conclut à une nette avance du programme « Idmaj » sur les autres dispositifs d’insertion professionnelle des jeunes. Fondée sur l’analyse de 4 500 bénéficiaires des programmes « Idmaj », « Taehil » et « Forsa », la recherche met en évidence des écarts significatifs de performance entre les trois mécanismes gérés par l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC).
Réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université Hassan Ier de Settat, l’étude rappelle que, selon ses auteurs, le taux de chômage des jeunes au Maroc oscille entre 25 % et 30 % et qu’environ un tiers de cette population se trouve hors de l’emploi, de l’éducation et de la formation. S’appuyant sur des données administratives couvrant la période 2016-2024, les chercheurs ont cherché à mesurer l’impact réel des principaux programmes publics d’accompagnement vers l’emploi.
Les trois programmes examinés poursuivent des objectifs distincts. « Idmaj » repose sur un système de soutien salarial destiné à réduire le coût du recrutement pour les employeurs. « Taehil » vise, pour sa part, à renforcer les compétences des demandeurs d’emploi avant leur entrée sur le marché du travail. Quant à « Forsa », il est principalement orienté vers l’accompagnement à l’auto-emploi et à l’entrepreneuriat.
Pour mener leur analyse, les chercheurs ont constitué un échantillon équilibré de 1 500 bénéficiaires par programme. L’âge moyen des participants atteint 25,5 ans et près de 60 % d’entre eux sont des hommes. Toutefois, des différences importantes apparaissent selon les dispositifs. Les bénéficiaires de « Forsa » affichent ainsi un âge moyen proche de 29 ans, tandis que ceux d’« Idmaj » ont moins de 24 ans en moyenne.
L’étude révèle également une forte concentration géographique des bénéficiaires dans la région Casablanca-Settat, qui représente plus de 29 % de l’échantillon, devant Rabat-Salé-Kénitra avec près de 20 %.
Un avantage significatif pour « Idmaj »
Les résultats montrent que le programme « Idmaj » obtient les meilleurs résultats en matière d’intégration professionnelle. Son taux global d’insertion atteint 68,5 %, contre 63,2 % pour « Taehil » et 60,8 % pour « Forsa ».
Les analyses statistiques indiquent par ailleurs que les bénéficiaires de « Taehil » disposent d’environ 32 % de chances en moins d’accéder à un emploi que ceux ayant bénéficié d’« Idmaj ». Cet écart correspond à une diminution de 9,7 points de pourcentage de la probabilité d’insertion professionnelle.
Concernant « Forsa », les chercheurs observent que son impact dépend fortement de facteurs intervenant après l’accompagnement, notamment le secteur d’activité et la nature du contrat obtenu. L’étude met aussi en évidence des disparités liées au genre : les écarts défavorables en matière d’insertion concernent essentiellement les hommes, tandis qu’ils deviennent presque inexistants chez les femmes bénéficiaires.
Le paradoxe du niveau d’études
L’un des constats les plus marquants de l’étude concerne la relation entre niveau de formation et accès à l’emploi. Contrairement à une idée largement répandue, ce n’est pas l’enseignement supérieur qui apparaît comme le principal levier d’insertion, mais le niveau secondaire qualifiant.
Selon les chercheurs, ce niveau de formation augmente les chances d’obtenir un emploi d’environ 7,7 points de pourcentage par rapport à la formation professionnelle. À l’inverse, les diplômes universitaires ne semblent pas produire d’effet significatif sur les probabilités d’insertion.
Cette observation se reflète également dans la répartition des bénéficiaires. Aucun diplômé universitaire ne figurait parmi les participants au programme « Taehil », alors qu’ils représentaient environ 39 % des bénéficiaires de « Forsa » et 38 % de ceux d’« Idmaj ».
Pour les auteurs, cette situation traduit la prépondérance d’une demande de qualifications intermédiaires dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. Elle illustre également un décalage structurel entre les formations académiques supérieures et les besoins réels exprimés par les employeurs.
Des données encore insuffisantes pour prédire les parcours
L’étude s’est également intéressée à la capacité des outils d’intelligence artificielle à anticiper les chances d’insertion des bénéficiaires. Les chercheurs ont comparé un modèle classique de régression logistique à cinq algorithmes avancés d’apprentissage automatique.
Le constat est sans appel : les modèles complexes n’ont pas fait mieux que les approches statistiques traditionnelles. Les niveaux de précision observés restent faibles, avec des scores compris entre 0,509 et 0,530.
Selon les auteurs, cette faiblesse s’explique principalement par les limites des bases de données administratives disponibles. Celles-ci ne contiennent pas plusieurs variables jugées déterminantes, comme l’expérience professionnelle antérieure des candidats, la densité des offres d’emploi dans leur environnement local, leur degré de motivation ou encore leur préparation psychologique à l’entrée dans la vie active.
Les chercheurs mettent ainsi en garde contre un recours prématuré à des outils de ciblage prédictif fondés sur des données incomplètes.
Des recommandations pour renforcer l’efficacité des dispositifs
Pour expliquer la meilleure performance d’« Idmaj », l’étude souligne le caractère direct de son mécanisme d’intervention. En réduisant le risque financier lié au recrutement, le programme incite davantage les entreprises à embaucher sans exiger au préalable des preuves de productivité ou d’expérience.
À l’inverse, « Taehil » serait confronté à ce que les chercheurs qualifient d’« effet d’enfermement ». Les longues périodes de formation peuvent temporairement réduire l’intensité de la recherche d’emploi chez les bénéficiaires, retardant ainsi leur insertion sur le marché du travail.
Les auteurs reconnaissent néanmoins certaines limites méthodologiques. L’indicateur utilisé pour mesurer l’insertion repose sur une approche binaire qui ne prend pas en compte la qualité de l’emploi obtenu, la stabilité du contrat, le niveau de rémunération ou encore l’étendue de la couverture sociale. Ils soulignent également que l’affectation aux programmes n’était pas entièrement aléatoire, ce qui laisse subsister l’influence possible de facteurs non observés.
En conclusion, l’étude appelle à un investissement rapide dans l’amélioration des infrastructures de données des agences publiques de l’emploi. Les chercheurs recommandent notamment l’intégration d’informations détaillées sur les postes vacants, la dynamique des entreprises et des indicateurs harmonisés d’employabilité.
Ils préconisent également un renforcement du suivi des bénéficiaires de « Taehil » et de « Forsa » après leur formation, ainsi qu’une orientation plus ciblée vers les secteurs du bâtiment, de l’industrie, des services et du tourisme. Selon les résultats de l’étude, ces domaines offrent les perspectives d’insertion les plus favorables grâce à leur dynamisme et à leurs besoins continus en main-d’œuvre.
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