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Malgré un cadre en construction et un intérêt croissant, la finance islamique peine à s’imposer au Sénégal. Entre contraintes réglementaires, déficit de compétences et manque de vulgarisation, une industrie prometteuse cherche encore son décollage.
Portée par des principes éthiques exigeants, la finance islamique représente au Sénégal un important levier de mobilisation de capitaux. Le Fonds de développement de la microfinance islamique ambitionne ainsi de mobiliser 200 milliards de FCFA à court terme, sur un potentiel estimé à plus de 400 milliards. Un objectif jugé prudent par Cheikh Oumar Ndiaye, qui estime que le marché pourrait offrir davantage si les contraintes structurelles étaient levées. Il s’est exprimé hier mardi, lors d’une session de mise à niveau de deux jours à Dakar, à l’intention du Collectif des journalistes économiques du Sénégal.
Malgré cet intérêt croissant, le secteur reste en deçà de ses capacités. Fondée sur les principes du droit musulman, la finance islamique se distingue du système conventionnel par l’interdiction de l’intérêt (riba), de la spéculation excessive et des activités illicites. Elle s’appuie sur des instruments spécifiques, tels que la mourabaha, le salam ou l’istisna, permettant de financer l’économie réelle. Sur le plan réglementaire, des avancées ont été enregistrées depuis 2018 sous l’impulsion de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Toutefois, des insuffisances persistent : fiscalité inadaptée, normes comptables incomplètes et règles prudentielles encore imprécises. Ces lacunes entretiennent l’attentisme des acteurs.
Au-delà du cadre juridique, trois défis majeurs freinent le développement du secteur. Le premier concerne la sensibilisation : la finance islamique demeure mal connue du grand public et des entreprises. Le deuxième tient au manque de ressources humaines qualifiées, dans un domaine nécessitant des compétences pointues. Le troisième, relève de la conformité éthique, essentielle pour garantir la crédibilité des institutions et la confiance des investisseurs. Le numérique apparaît néanmoins comme un levier prometteur. Le commerce électronique, s’il respecte les principes de transparence et de confiance, est compatible avec la finance islamique et peut en faciliter l’expansion en réduisant les coûts et en élargissant les marchés.
Au final, la finance islamique ne se limite pas à un cadre rigide : elle constitue une discipline en évolution, capable d’intégrer les innovations contemporaines. Son essor au Sénégal dépendra toutefois de la capacité des acteurs à lever les obstacles réglementaires, à renforcer les compétences et à améliorer sa compréhension par le public.
JEAN PIERRE MALOU
L’article Finance islamique au Sénégal : un potentiel encore sous-exploité est apparu en premier sur Sud Quotidien.