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Lors du premier panel consacré à la « Pression environnementale et transformation des vulnérabilités », les intervenants ont souligné la nécessité de dépasser les analyses sectorielles pour mieux comprendre les interactions entre changements climatiques, gouvernance et insécurité.
Directeur scientifique et technique de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV), Sakhoudia Thiam a rappelé que le Sahel est confronté à des défis multidimensionnels qui menacent à la fois les écosystèmes, les moyens d’existence et la stabilité sociale. Selon lui, sécheresses récurrentes, inondations et forte variabilité des pluies fragilisent les systèmes agropastoraux, entraînent une baisse des rendements agricoles et accentuent la compétition pour l’accès aux terres, aux pâturages et à l’eau.
Il a présenté l’Initiative de la Grande Muraille Verte, lancée en 2007 par les chefs d’État africains, comme une réponse structurante aux défis climatiques et un levier de résilience des populations. L’expert a insisté sur la nécessité de préserver les systèmes pastoraux fondés sur la mobilité, mieux adaptés aux réalités sahéliennes que des modèles d’élevage intensif importés. Il a également plaidé pour le développement de variétés agricoles plus précoces, une meilleure gouvernance des ressources naturelles et la création d’emplois locaux afin de limiter les migrations des jeunes et les tensions sociales.
Chercheur au Laboratoire d’Études sociales de l’IFAN-UCAD et coordonnateur du programme Centre-Mali de l’Union européenne, Dr Mamadou Bodian a, pour sa part, invité à dépasser les explications réductrices faisant du climat ou du terrorisme les causes uniques des crises sahéliennes. S’appuyant sur le concept de « polycrise », il a expliqué que les vulnérabilités résultent de l’interaction entre facteurs environnementaux, institutionnels, sécuritaires, alimentaires et géopolitiques.
Pour le chercheur, la pression environnementale ne crée pas les vulnérabilités mais les transforme en s’articulant avec des fragilités préexistantes telles que la pauvreté, les inégalités territoriales ou la faiblesse de l’État. Il a notamment montré comment les tensions autour du foncier, de la mobilité pastorale et de la légitimité des autorités peuvent être instrumentalisées par des groupes armés, faisant basculer des conflits d’usage en conflits violents.
Face à ces dynamiques complexes, Dr Bodian a plaidé pour une médiation fondée sur les initiatives locales et une coproduction de la sécurité associant les communautés, les autorités et les institutions publiques.
Ousmane GOUDIABY
L’article Sahel : quand le climat nourrit les vulnérabilités est apparu en premier sur Sud Quotidien.