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Des scènes de bousculades, de bagarres et même de blessures graves ont été enregistrées ces derniers jours devant le complexe culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine, où des milliers de femmes passent la nuit à la belle étoile dans l’espoir de s’inscrire pour bénéficier du « secours Tabaski ».
Les « secours Tabaski » sont des aides sociales accordées par les mairies à l’approche de la Tabaski. Ils prennent généralement la forme d’enveloppes financières ou parfois de moutons, destinés aux familles vulnérables. L’objectif est de leur permettre de célébrer dignement cette fête religieuse, marquée par le sacrifice et le partage. Ces aides s’inscrivent dans les politiques locales de solidarité et d’assistance sociale.
Depuis trois jours, elles sont nombreuses à s’installer sur des nattes, enveloppées dans des pagnes ou des couvertures, dormant à même le sol pour être parmi les premières à déposer leur demande d’aide. Une situation à la fois irréaliste et émouvante, qui illustre la forte pression sociale autour de cette assistance.
Il est près de 23 heures devant le complexe culturel. La scène est impressionnante. Une marée humaine s’étend à perte de vue. De longues files se forment déjà derrière les grilles fermées, tandis que certaines femmes, déterminées, campent devant les barrières dans l’espoir d’être les premières à accéder aux inscriptions. Malgré l’heure tardive, de nouvelles arrivantes continuent d’affluer, bravant la fraîcheur nocturne.
« Qui est la dernière dans la file ? », lance une femme en quête de repère. La réponse qui lui est faite ne laisse guère d’espoir, tant le nombre de personnes déjà présentes est important.
Dans certains coins, des bousculades éclatent pour tenter de gagner quelques places, parfois au prix de tensions et de disputes. Assise au milieu d’un groupe, une femme prend des forces en mangeant un sandwich. « Les temps sont durs pour nous. Nous sommes là pour un secours Tabaski. Nous ne voulons pas faire de mauvaises choses, alors nous préférons passer la nuit ici pour déposer notre demande », confie-t-elle, le visage dissimulé sous son foulard.
Un peu plus loin, une autre femme, un bébé attaché dans le dos, remplit des formulaires pour plusieurs demandeuses. « Je remplis les demandes pour les femmes ici », dit-elle brièvement avant de reprendre son activité.
Selon un riverain, la situation a été particulièrement tendue durant le week-end. « Il y a des femmes qui ont passé trois nuits ici sans pouvoir déposer leur demande. Il y a eu des bousculades, une vieille dame s’est même cassé la jambe. On a aussi enregistré des blessés et des cas d’évanouissement », rapporte-t-il.
Tout en reconnaissant l’importance de cette aide sociale, il déplore les conditions d’organisation : « La méthode n’est pas la meilleure. On pouvait aider les gens sans les exposer ainsi. Nous sommes à l’ère du numérique. Il est possible d’enregistrer les demandes en ligne ou d’ouvrir plusieurs sites d’inscription pour éviter une telle affluence ».
Du côté des vendeurs de nourriture, la situation représente une opportunité économique. « Depuis vendredi, nous travaillons avec ces femmes qui passent la nuit ici. Le matin aussi, c’est le rush pour le petit-déjeuner », témoigne l’un d’eux.
Cette scène, qui rappelle par moments les images de zones en crise humanitaire, interpelle sur la nécessité d’améliorer les mécanismes de distribution de l’aide sociale. Si l’appui aux populations reste essentiel, plusieurs voix appellent à des solutions plus dignes, mieux organisées et adaptées aux réalités actuelles.
MOUSSA THIAM
L’article « Secours tabaski » à Pikine : l’aide sociale vire au parcours de la combattante est apparu en premier sur Sud Quotidien.