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Candidat à la succession d’António Guterres, Macky Sall va franchir le mardi 22 avril prochain, une étape décisive avec son audition devant les États membres de l’ONU. Mais derrière une stature diplomatique assumée, l’ancien chef de l’État sénégalais traîne des zones d’ombre politiques et un déficit de soutien national qui pourraient lourdement hypothéquer ses chances dans une course déjà très disputée.
Candidat déclaré au poste de Secrétaire général des Nations unies, en vue de succéder à António Guterres en janvier 2027, l’ancien président de la République, Macky Sall, passera, le mardi 22 avril prochain, sa deuxième épreuve, après le dépôt officiel de sa candidature. En effet, conformément à la résolution 79/327 de l’Assemblée générale, Macky Sall fera face à la présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, ainsi qu’aux représentants des 193 États membres, des groupes régionaux et de la société civile, pour une audition sans précédent dans le cadre des dialogues interactifs organisés avec l’ensemble des candidats. Après l’audition des quatre candidats en lice pour la succession d’António Guterres un processus qui débute le mardi 21 avril à 10 heures (heure de New York) avec l’ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, le Conseil de sécurité prendra le relais. En effet, ce sont les cinq membres permanents de cet organe les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et la France — qui détiennent la prérogative de recommander un candidat à l’Assemblée générale. La nomination officielle devra intervenir avant la fin de l’année 2026, à l’issue d’un processus reposant sur un consensus entre ces puissances disposant du droit de veto.
Des atouts considérables pour Macky Sall
Lors de ce face-à-face décisif, Macky Sall, à l’instar de ses trois concurrents, tentera de convaincre son auditoire du bien-fondé de sa candidature, en exposant notamment sa vision, son parcours, mais aussi des informations relatives au financement de sa campagne. Prévu au siège des Nations unies, de 15 heures à 18 heures, cet exercice permettra au candidat sénégalais de détailler son projet pour l’avenir de l’organisation, son leadership ainsi que sa capacité à diriger l’institution avant de se soumettre aux questions de son auditoire. Parmi les atouts que l’ancien président de l’Alliance pour la République (APR) pourrait mettre en avant figurent le soutien de plusieurs États africains, même s’il ne bénéficie pas de l’appui officiel de l’Union africaine ni de celui du Sénégal, son pays.
À cela s’ajoute un soutien implicite de la France. Favorable même si Paris n’a pas encore officialisé sa position, le président français, Emmanuel Macron, semble adopter une posture favorable à cette candidature de Macky Sall, comme en témoigne l’audience qu’il lui a accordée à l’Élysée, après le dépôt de son dossier de candidature. Membre permanent du Conseil de sécurité, la France pourrait ainsi mobiliser son influence diplomatique en faveur de cette candidature.
Sur le plan diplomatique, l’ancien président sénégalais dispose également d’arguments solides. Son passage à la tête de l’Union africaine (2022–2023), de la CEDEAO (2015–2016), ainsi que ses fonctions de président du Centre mondial pour l’adaptation au changement climatique et d’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète en 2024 témoignent de son influence et de sa stature internationale, autant d’atouts à faire valoir dans cette compétition.
Des points faibles non négligeables
Au regard de son profil et de son expérience, Macky Sall dispose d’atouts réels pour prétendre devenir le dixième Secrétaire général des Nations unies. Toutefois, la messe est loin d’être dite. En effet, sa candidature présente plusieurs handicaps. Le principal réside dans la position ferme de Dakar, qui a refusé de soutenir sa candidature, entraînant dans son sillage l’Union africaine. Cette absence de soutien officiel de son propre pays constitue un signal politique fort, susceptible de peser dans l’appréciation des membres du Conseil de sécurité. D’autant plus que certains responsables du régime en place mais aussi des responsables d’organisation de la défense des droits de l’homme comme l’actuel directeur exécutif de la section sénégalaise d’Amnesty international l’accusent de vouloir utiliser l’ONU comme un « refuge politique » pour échapper à d’éventuelles poursuites judiciaires.
Parmi les griefs évoqués figurent notamment les violences politiques qui ont émaillé son second mandat, ayant occasionné plusieurs morts et des cas de torture, restés sans suites judiciaires malgré les appels insistants de certaines instances onusiennes, comme le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). S’y ajoute sa décision controversée de reporter la dernière élection présidentielle à la veille de l’ouverture de la campagne électorale, une décision qui a provoqué des manifestations meurtrières, dont les responsabilités n’ont toujours pas été élucidées. Le refus de son régime de donner suite aux avis du Groupe de travail sur la détention arbitraire (GTDA), notamment dans les affaires Karim Wade et Khalifa Ababacar Sall, constitue également un point noir.
À cela s’ajoute l’affaire de la dette cachée, estimée à environ 7 milliards de dollars, révélée par les nouvelles autorités et confirmée par le FMI, et qui pèse aujourd’hui sur les finances publiques du Sénégal. Cette question pourrait constituer un facteur déterminant, au regard des exigences de transparence et de probité qui régissent le système des Nations unies.
Un contexte international peu favorable à Macky Sall et à la France
Sur le plan international, la France, perçue comme un soutien potentiel, fait face à un recul de son influence géopolitique. Les relations tendues entre Emmanuel Macron et Donald Trump pourraient limiter la capacité de Paris à peser en faveur de Macky Sall. Par ailleurs, les divergences sur plusieurs dossiers internationaux, notamment avec la Russie et les États-Unis, compliquent davantage les équilibres diplomatiques nécessaires à un consensus au sein du Conseil de sécurité.
Macky Sall face à une concurrence relevée
Au-delà de ces contraintes, Macky Sall doit faire face à des adversaires de taille. Trois autres candidats, tous issus du système des Nations unies et originaires d’Amérique latine, présentent des profils solides. Parmi eux figure Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, ex-Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (2018–2022) et première directrice exécutive d’ONU Femmes. Autre candidate de poids : Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica, actuelle secrétaire générale de la CNUCED, forte d’un long parcours au sein du système onusien. Enfin, le diplomate argentin Rafael Mariano Grossi, actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), complète cette liste. Sa candidature est soutenue par le président argentin Javier Milei, proche de Donald Trump. Dans ce contexte, la course à la succession d’António Guterres s’annonce particulièrement ouverte et disputée.
Nando Cabral Gomis
L’article Secrétariat des Nations-Unies-Succession d’Antonio Guterres : Macky Sall, vers le grand oral est apparu en premier sur Sud Quotidien.