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L’Institut français du Maroc (IFM), qui fait un travail remarquable au Maroc depuis des années, est souvent perçu comme une institution réservée à une « élite« , éloignée d’une large frange de la jeunesse marocaine. Cette perception soulève des questions sur l’accessibilité de ses programmes culturels et éducatifs.
Pour aborder ces préoccupations, nous avons rencontré Agnès Humruzian, Directrice générale de l’IFM, qui partage avec Hespress FR, les initiatives mises en place pour diversifier le public de l’Institut et inclure davantage les jeunes issus de milieux défavorisés.
L’Institut Français du Maroc est perçu comme réservé à une élite. Comment répondez-vous à cette perception et que faites-vous pour diversifier votre public, notamment en incluant les jeunes défavorisés ?
Merci beaucoup de me donner cette occasion de parler de l’accessibilité de nos programmes et, plus généralement, de la façon dont l’Institut français, en tant qu’acteur culturel au Maroc, se positionne sur cette question majeure de la culture pour tous, de l’accès à la culture. C’est un enjeu sur lequel nous sommes très engagés, et je suis très heureuse de vous en parler. C’est aussi un enjeu complexe, j’allais dire, dans le monde entier et dans toutes les sociétés.
Concrètement, pour l’Institut français, être ouvert, accessible, proche de la jeunesse, et ancré dans le paysage, dans l’environnement local, passe d’abord par les partenariats. Dans les douze villes où nous sommes implantés, nous sommes en interaction permanente avec les acteurs culturels, éducatifs, associatifs. Nous les connaissons bien parce que nous sommes présents depuis longtemps, parfois depuis 20 ans, mais pour nous, l’enjeu est aussi d’être toujours à l’écoute des nouveaux acteurs, des partenaires qui émergent, car c’est une scène très dynamique.
Un acteur, un partenaire toujours très important pour nous, ce sont les écoles publiques, afin de faire participer les élèves à nos programmes culturels, en travaillant en amont avec les enseignants pour préparer les séances, parfois en organisant et facilitant le transport des élèves jusqu’à nos sites, mais aussi en allant dans les écoles, vers les élèves. C’est, par exemple, la traversée des écoles que nous organisons à Oujda, dans les écoles rurales autour d’Oujda. C’est une caravane avec des médiathécaires de l’Institut français, des professionnels du livre, des musiciens, des artistes. En partenariat avec l’Agence de l’Oriental, l’Association des Enseignants de Français, et le ministère de l’Éducation nationale, cette caravane se rend dans ces écoles rurales.
Cette année, en 2025, ce sont 2 500 élèves qui vont bénéficier de cette caravane. Les élèves et l’éducation sont vraiment des éléments clés pour cet enjeu de l’accès et de l’éveil à la culture. Cet éveil commence dès le plus jeune âge. C’est pourquoi nous sommes également attentifs à proposer des spectacles pour les tout-petits. Nous avons organisé, tout récemment, notre festival « Comme des Grands » en février, avec des spectacles très créatifs destinés aux jeunes à partir de deux ou trois ans. Parce que l’accès à la culture, l’éveil, commence dès cet âge-là, et c’est l’éveil des futurs publics. Donc, élargir les publics, c’est aussi s’adresser à ces tout-petits.
Il y a les tout-petits, les élèves, mais aussi les jeunes plus âgés, avec des enjeux de formation et d’employabilité. Pour cela, nous travaillons, toujours dans le secteur de la culture, avec des écoles de la seconde chance, des centres de formation. Je pense, par exemple, à l’école du cirque Shems’y, où nous travaillons beaucoup sur les métiers du cirque. Je pense également à un projet sur le théâtre avec un metteur en scène et auteur, Pascal Rambert, qui travaille actuellement avec de jeunes comédiens de l’ISADAC (Institut Supérieur d’Art Dramatique et d’Animation Culturelle) pour écrire avec eux et pour eux une pièce de théâtre qui sera ensuite diffusée au sein du réseau de l’Institut français.
Donc, le cirque, le théâtre, mais aussi le Breaking dance, avec un partenariat que nous avons lancé avec la très belle Fédération Marocaine de Breaking. Nous avons organisé une très belle compétition, une rencontre amicale France-Maroc l’année dernière, pour renforcer la pratique du Breaking au niveau professionnel, c’était le cas pour cet événement, mais aussi en milieu scolaire. Donc, Breaking, hip-hop, et puis, autre chose qui plaît beaucoup aussi à la jeunesse, c’est le parkour. Vous savez, c’est cette discipline, cet art du déplacement assez acrobatique en milieu urbain. Depuis maintenant plusieurs années, nous organisons des rencontres internationales de parkour en nous appuyant sur des traceurs, ces jeunes pratiquants de parkour.
Au fil des ans, ce sont des centaines de jeunes qui ont pu à la fois admirer des performances incroyables, mais aussi participer à des ateliers et échanger. Ces programmes visent à aider les jeunes à réaliser leurs rêves artistiques et culturels. Pour nous, il s’agit également de mettre à disposition nos infrastructures pour ces jeunes, pour les associations. Nous disposons de studios de pratiques musicales, de salles de spectacles, de FabLabs que nous mettons à leur disposition.
Vos programmes pour la jeunesse, notamment défavorisée, sont-ils conçus pour le long terme ou s’agit-il d’initiatives temporaires ?
Nous menons des actions ponctuelles en fonction de nos événements, des artistes de passage, ainsi que des programmes plus structurants. Je pense, par exemple, à l’accueil de stagiaires qui souhaitent se former aux métiers de la culture et que nous accueillons chez nous pour apprendre à concevoir une programmation, organiser la logistique d’un spectacle, réaliser de la médiation, c’est-à-dire fournir des clés de lecture et de compréhension au public.
Ce travail de médiation est essentiel pour faciliter l’accès à la culture. Il est nécessaire de mettre en place des moyens et de former à la médiation. Ainsi, ce programme d’accueil de stagiaires est une initiative que nous menons avec les Centres des Étoiles, par exemple. Nous avons également des programmes structurants et durables avec la Fondation Hiba, les Maisons de Jeunes, bien sûr, et des associations qui nous aident à élargir le spectre de nos propositions. Je pense à cette très belle ONG appelée We Speak Citizen, qui documente et fait connaître la richesse du patrimoine oral amazigh. L’Institut français est aussi un lieu d’échange, ouvert aux traditions populaires dans leur contemporanéité.
C’est extrêmement riche, et nous sommes là pour faire écho à cette vaste et diverse richesse. L’accès passe bien sûr par des partenariats, qu’ils soient ponctuels ou structurants, et qui sont vraiment essentiels. C’est aussi l’accès à nos lieux, sur nos sites. J’ai bien conscience que pousser la porte d’un Institut français n’est pas forcément un geste spontané. Un institut a un aspect institutionnel qui peut freiner un peu. Nous veillons donc à ce que nos lieux soient ouverts, accueillants, et que la langue ne soit pas un obstacle. Bien sûr, on parle français dans les Instituts français, mais aussi darija et amazigh. Nous sommes très attentifs aux enjeux de traduction et proposons des conférences et des événements en français, mais aussi en arabe. Par exemple, pour nos rendez-vous de la philosophie, la moitié de nos conférences sont en arabe, l’autre moitié en français.
Cette question de l’accessibilité est également importante pour nous dans la manière dont nous enseignons la langue française. Nous souhaitons vraiment, à travers nos cours, rendre le français accessible à tous.
Cela passe par des cours ludiques, décomplexés, utilisant le théâtre, le chant, le sport. Nous allons même lancer à Casablanca un cours combinant français et codage. Nous sommes donc très innovants pour essayer de rendre nos propositions accessibles.
Comment l’IFM adapte-t-il son offre culturelle et éducative aux réalités socio-économiques du Maroc, surtout dans les zones rurales où l’accès à la culture est limité ? Avez-vous des initiatives pour atteindre ces publics éloignés ?
Vous parliez des régions plus reculées, car il y a les publics qui viennent dans nos lieux. Mais bien sûr, nous allons aussi vers les publics, chez les partenaires, souvent dans l’espace public, avec par exemple récemment du mapping, des projections numériques sur des bâtiments, mais cela peut être aussi des concerts, de la danse, du cinéma, car nous disposons d’un équipement technique qui nous permet d’installer un grand écran en plein air et d’accueillir des centaines de personnes.
Nous faisons cela dans tout le pays, avec des films dont certains ont été doublés en darija, ce qui a beaucoup de succès. Cela se passe en ville, mais dans les zones rurales, nous avons un dispositif que nous apprécions beaucoup. C’est notre treizième antenne, notre Institut français sur roues : le Bibliotobiss. Ce n’est pas vraiment un bus, c’est un conteneur qui se déplace dans tout le pays, que nous installons pour deux mois dans une zone rurale, avec un condensé de toute l’offre de l’Institut français, notamment le musée numérique, la médiathèque, du cinéma, des casques de réalité virtuelle et des médiateurs pour faire le lien avec les jeunes et les habitants de la localité.
Que ce soit sur nos sites, en dehors de nos sites ou dans les zones rurales, nous sommes toujours très attentifs, et c’est au cœur de nos missions et de nos actions d’être ouverts à tous et à la jeunesse.
Face à la préférence croissante des jeunes Marocains pour l’anglais pour différentes raisons, comment l’IFM compte-t-il renforcer l’attractivité du français et maintenir son influence auprès des jeunes générations ?
D’abord, je crois qu’il ne faut pas opposer ou mettre les langues en compétition. Le plurilinguisme est vraiment une richesse. Je suis toujours très impressionnée par la manière dont les jeunes ici jonglent entre de nombreuses langues. Parfois, certains me disent : « Je ne parle pas très bien français« . En réalité, ils parlent très bien, ils sont même capables de faire des jeux de mots en français. Donc, bravo déjà pour cela.
La langue française est d’abord une langue utile pour les jeunes. C’est une langue de formation à l’école, à l’université. C’est une langue offrant des opportunités d’emploi. C’est une langue d’ouverture internationale et de mobilité internationale vers la France, mais bien au-delà, puisque la francophonie aujourd’hui, c’est 330 millions de locuteurs dans le monde, et bien plus dans les prochaines décennies en raison des évolutions démographiques. Nous souhaitons à l’Institut français que les jeunes apprennent le français parce que c’est un choix utile, mais nous espérons aussi que ce soit un choix de cœur. C’est dans cet esprit que nous travaillons avec l’ensemble de la jeunesse.
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