Posted by - senbookpro -
on - Aug 23 -
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23Alors que les critères environnementaux s’imposent progressivement comme une condition d’accès aux marchés internationaux, la Confédération marocaine des exportateurs appelle à concevoir la future Taxonomie financière verte comme un véritable outil de compétitivité. L’organisation propose plusieurs ajustements destinés à faciliter son appropriation par les entreprises et à accompagner leurs investissements dans la transition écologique.
La transition écologique n’est plus uniquement un enjeu de financement ou de responsabilité environnementale. Pour les entreprises exportatrices, elle devient un facteur déterminant de compétitivité. Les exigences de durabilité imposées par les grands marchés, en particulier européens, redéfinissent progressivement les conditions d’accès au commerce international et obligent les industriels à adapter leurs modèles.
C’est dans cette perspective que la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX) a présenté sa contribution au projet de Taxonomie financière verte du Maroc, soumis à consultation publique par le ministère de l’Économie et des Finances. Si ce futur référentiel vise à orienter les flux financiers vers des activités durables, l’organisation estime qu’il doit également répondre aux défis auxquels les exportateurs sont déjà confrontés sur leurs marchés de destination.
Le constat repose sur une réalité économique forte. L’Europe absorbe plus de 71 % des exportations marocaines, dont près de 62 % à destination de l’Union européenne. Dans le même temps, les exigences environnementales prennent une place croissante dans les relations commerciales entre fournisseurs, donneurs d’ordre et investisseurs. L’entrée dans sa phase définitive, le 1er janvier 2026, du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne illustre cette évolution. Les secteurs des engrais, de l’aluminium, du ciment, du fer et de l’acier figurent parmi les premiers concernés.
Pour l’ASMEX, la capacité des entreprises à documenter leur performance environnementale devient ainsi un élément indispensable pour préserver leur accès aux marchés internationaux. L’enjeu est particulièrement sensible pour la filière des engrais, dont les exportations ont atteint 73,1 milliards de dirhams en 2025, soit 15,6 % des exportations marocaines de marchandises. Les engrais phosphatés tels que le DAP, le MAP ou le NPK entrent désormais dans le champ du mécanisme carbone européen.
Partant de ce constat, la Confédération plaide pour une Taxonomie capable de simplifier les démarches des entreprises plutôt que d’ajouter de nouvelles obligations administratives. Elle recommande notamment de renforcer l’interopérabilité entre le référentiel marocain et celui de l’Union européenne afin qu’une même documentation puisse être utilisée auprès des banques, des investisseurs, des partenaires commerciaux et des autorités européennes.
L’ASMEX suggère également que les certifications déjà obtenues par les entreprises, notamment en matière de management environnemental ou d’empreinte carbone, soient reconnues comme justificatifs, limitant ainsi la multiplication des audits et des procédures de vérification. Dans le même esprit, elle propose de lancer une expérimentation dans la filière des engrais afin de mettre au point un dossier de conformité réutilisable, avant d’étendre cette approche à d’autres secteurs fortement exposés aux nouvelles réglementations environnementales.
L’organisation insiste par ailleurs sur la nécessité de rendre le futur référentiel plus accessible aux entreprises. Selon elle, les opérateurs raisonnent avant tout par métier, par procédé industriel et par projet d’investissement, davantage que par classification administrative. Des guides pratiques adaptés aux principales filières exportatrices — automobile, aéronautique, textile, agroalimentaire, chimie ou matériaux de construction — permettraient ainsi de faciliter l’identification des activités éligibles et de réduire les divergences d’interprétation entre entreprises et établissements financiers.
Dans cette logique d’amélioration continue, l’ASMEX se dit favorable à la mise en place d’un cadre permanent de concertation réunissant administrations, régulateurs, institutions financières et représentants du secteur privé afin d’accompagner les évolutions du référentiel et de tenir compte des innovations technologiques comme des retours d’expérience du terrain.
Au-delà des questions de conformité, la Confédération attire l’attention sur la visibilité dont les industriels ont besoin pour engager des investissements de long terme. Elle estime que les règles applicables aux activités dites « en transition », aujourd’hui classées dans la catégorie Orange, doivent offrir une stabilité suffisante pour tenir compte des cycles d’amortissement des équipements industriels, généralement compris entre quinze et vingt ans.
L’organisation recommande ainsi que toute évolution des critères ou des échéances fasse l’objet d’un préavis suffisamment long et s’inscrive dans un calendrier clairement annoncé. Une telle approche permettrait, selon elle, de sécuriser les décisions d’investissement tout en maintenant l’ambition environnementale du dispositif.
Enfin, l’ASMEX considère que la Taxonomie gagnerait en efficacité si elle devenait progressivement une référence commune pour les principaux mécanismes publics et privés de financement. Sans modifier les critères propres à chaque institution, des organismes tels que Maroc PME, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Tamwilcom, la SMAEX, les établissements bancaires ou encore les investisseurs institutionnels pourraient s’appuyer sur ce référentiel pour évaluer la dimension environnementale des projets. Une convergence de cette nature contribuerait à réduire la multiplication des référentiels, à améliorer la lisibilité des dispositifs d’accompagnement et à renforcer l’attractivité des investissements durables au Maroc.
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