Posted by - Senbookpro KAAYXOL -
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Invitée d’honneur du Festival international du film de Marrakech, Jodie Foster est revenue, au lendemain de son hommage, sur une carrière qui traverse six décennies de cinéma. De l’âge d’or des studios à l’ère du streaming et du numérique, l’actrice et réalisatrice américaine évoque la révolution digitale, la place des femmes, son rapport au bonheur à 60 ans, mais aussi son envie intacte de mise en scène… et de cinéma d’auteur en France.
Au Festival international du film de Marrakech, Jodie Foster avance avec le calme de celles qui ont « tout » traversé. Les années 60 des studios, les thrillers des années 80-90, les mutations des années 2000, le streaming, l’intelligence artificielle… Interrogée sur ce qui a le plus bouleversé son métier, elle n’hésite pas longtemps.
« Les deux choses qui ont tout changé, c’est la révolution digitale, bien sûr, mais aussi le fait qu’il n’y avait pas de femmes et pas de visages divers dans le cinéma », explique-t-elle.
Enfant-actrice, elle tourne dès l’âge de trois ans. À l’époque, dit-elle, la question de la représentation ne se pose même pas : « Quand j’étais très jeune, je ne voyais jamais une autre femme, jamais. Ou même jamais une autre race. On n’y pensait pas trop, on était dedans. » Avec le recul, le constat est brutal : « J’ai fait une quarantaine de films, et pendant la plus grande partie de ma carrière, je n’ai tourné qu’un seul film avec une réalisatrice. Et les quatre derniers étaient tous réalisés par des femmes. C’est intéressant. »
La veille, sur scène, Jodie Foster a confié que son plus grand succès n’était ni un Oscar ni un rôle culte, mais « d’être heureuse ». Interrogée de nouveau, elle développe.
Pour elle, la difficulté du métier n’est pas l’ennemie du bonheur, bien au contraire : « Parfois, on aime faire un travail difficile, revenir à la fin de la journée, trempé, avec de la boue sur les chaussures, et se dire : c’était un bon travail. »
Le cinéma reste sa grande source de joie : la conviction de « faire quelque chose qui a du sens » et qui peut « changer en bien » non seulement sa propre vie, mais aussi celle des spectateurs. Le cinéma comme dialogue : « C’est la possibilité de communiquer avec des gens, de leur dire “voilà qui je suis, et vous, qui êtes-vous ?” C’est une connexion d’humanité. »
Mais quelque chose s’est encore déplacé à 60 ans : « Le jour de mes 60 ans, je me suis levée le matin et je me suis dit : tiens, je m’en fous de tout. »
Elle décrit une « liberté totale » : les comparaisons, les complexes, les rivalités, la question de savoir si l’on est « assez » ou pas… « Tout ça a disparu », confie-t-elle dans un sourire.
Questionnée sur le cinéma arabe et marocain, Jodie Foster reconnaît que les États-Unis ne reçoivent pas autant de films du monde arabe qu’ils le devraient.
Elle dit découvrir chaque année, à l’automne, une partie de cette cinématographie via les films candidats aux Oscars : « Je dois attendre octobre pour voir les films qui circulent. » Parmi les œuvres qui l’ont marquée, elle cite en particulier le cinéma iranien et le nouveau film de Jafar Panahi, qu’elle qualifie de « magnifique ».
Elle dit son envie de « voir encore plus de films du monde arabe », et Marrakech apparaît, dans ce contexte, comme une fenêtre précieuse. Elle se dit également ouverte à l’idée de tourner un film dans la ville ocre, où dans le Maroc, un pays qu’elle porte particulièrement dans son cœur.
Au fil des questions, l’inévitable revient : celui du rôle qui l’a le plus marqué. Jodie Foster mentionne sans hésiter Le Silence des agneaux.
« C’est peut-être le film qui a le plus changé ma vie. D’abord parce que c’est un très beau film, qui a essayé un mélange inédit : un film de genre, d’horreur, avec un film intelligent, très émouvant, humaniste, et au fond féministe. »
Elle garde un souvenir particulièrement fort du tournage, vécu comme une aventure collective rare : « On a tous fait le meilleur travail de notre carrière ensemble. C’est une famille très importante. »
Sur la question de la différence entre un réalisateur et une réalisatrice, elle refuse les simplifications : « Ce n’est pas différent d’être dirigée par un homme ou une femme », dit-elle, tout en rappelant que, dans sa jeunesse, les femmes cinéastes étaient quasi inexistantes aux États-Unis, contrairement à l’Europe.
Elle insiste plutôt sur la culture, les expériences de vie, comme source de différences de regard. Et rappelle, non sans malice, que l’un des metteurs en scène les plus féministes qu’elle ait connus est un homme, Jonathan Demme, toujours attentif « à la personne marginalisée ».
Elle-même se sent profondément faite pour la mise en scène : « Comme personnage, je suis plus créée pour être metteuse en scène, c’est sûr. »
Son désir de réaliser remonte à ses six ans, lorsqu’elle découvre qu’un acteur peut aussi devenir réalisateur. Longtemps freinée par l’absence de modèles féminins, elle finit par s’autoriser ce rêve en découvrant les Européennes – Lina Wertmüller, Margarethe von Trotta, Agnieszka Holland, Jane Campion… Si elle regrette de ne pas avoir pu réaliser plus de films, c’est l’un des rares vrais « regrets » qu’elle concède sur sa carrière.
Interpellée sur la protection des enfants dans l’ère numérique et des jeunes influenceurs, elle reconnaît ne pas être une spécialiste du monde en ligne, dont elle se tient à distance. Mais une chose lui semble évidente :
« S’il y a des personnes mineures qui travaillent, elles méritent d’être protégées, pas seulement en tant qu’enfants, mais aussi par rapport à la domination des adultes, quel que soit le contexte. »
Elle rappelle qu’elle-même a bénéficié de lois strictes sur le travail des enfants au cinéma, avec un contrôle réel sur la scolarité et les horaires.
À la question de savoir dans quel rôle elle se sent la plus forte — actrice, réalisatrice, productrice — elle répond sans hésiter qu’elle est “sans doute faite pour être metteuse en scène”.
Devant la presse à Marrakech, Jodie Foster n’est ni dans la nostalgie ni dans la posture. Elle assume le poids d’une carrière immense, tout en répétant qu’au fond, ce qui compte, c’est d’être “présente à la vie”, de rester curieuse, de continuer à apprendre.
À 60 ans, elle n’a “plus peur de décevoir”, ne cherche plus à se prouver quoi que ce soit, mais elle reste habitée par la même envie qu’à ses débuts : raconter des histoires qui touchent et questionnent.
Le festival lui a rendu hommage. Elle, en retour, a donné ce qu’elle sait faire de mieux : une leçon de cinéma… et une leçon de vie.
Jodie Foster s’est livrée sans nostalgie, mais avec une lucidité apaisée. Reconnaissante envers le cinéma qui l’a faite, vigilante sur les mutations du secteur, elle semble surtout habitée par l’envie de continuer à raconter des histoires, devant et derrière la caméra — désormais avec cette liberté nouvelle qu’elle associe à ses 60 ans.
The post FIFM : A Marrakech, Jodie Foster célèbre la révolution des femmes au cinéma appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc.
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