Posted by - senbookpro -
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À mesure que la numérisation transforme les usages bancaires, les risques liés à la cybercriminalité prennent une ampleur croissante. C’est le constat dressé vendredi à Rabat par le directeur de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib, Nabil Badr, qui a alerté sur la progression des fraudes électroniques et appelé à un renforcement de la coopération entre les différents acteurs concernés.
Intervenant lors d’un atelier national sur la lutte contre la fraude financière, organisé par Bank Al-Maghrib en partenariat avec l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF), le responsable a souligné que la digitalisation du secteur financier a profondément modifié le paysage bancaire. Si elle a permis d’élargir l’accès aux services bancaires, de renforcer l’inclusion financière, de développer les moyens de paiement et d’améliorer l’efficacité des échanges économiques, elle a également favorisé l’émergence de nouvelles formes de criminalité financière.
Cette rencontre, consacrée au phénomène du phishing (hameçonnage) et à l’accroissement des risques qu’il représente pour le système financier national, a réuni des responsables institutionnels, des experts ainsi que des représentants des autorités judiciaires, sécuritaires et des établissements financiers. Étaient notamment présents le président de l’ANRF et Diogo Lancaster, responsable de la Direction de la supervision prudentielle de la Banque du Portugal.
Pour illustrer l’ampleur du phénomène, Nabil Badr s’est appuyé sur les données du rapport d’Interpol consacré à « l’évaluation mondiale des menaces liées à la fraude financière ». Selon ce document, les pertes mondiales imputables à ce type de criminalité ont atteint 442 milliards de dollars en 2025, un chiffre qui témoigne à la fois de l’extension du phénomène et du perfectionnement constant des méthodes employées par les réseaux criminels.
Le responsable de Bank Al-Maghrib a expliqué que les fraudeurs ont progressivement modifié leur stratégie. Plutôt que de s’attaquer directement aux systèmes informatiques des banques, ils privilégient désormais les techniques d’ingénierie sociale afin d’obtenir les données confidentielles des clients. Les escroqueries prennent diverses formes : courriels et sites internet frauduleux, appels téléphoniques usurpant l’identité d’établissements bancaires ou d’administrations publiques, propositions d’investissement fictives ou encore diffusion de liens malveillants sur les réseaux sociaux.
Ces pratiques, a-t-il souligné, visent avant tout à ébranler la confiance, qui demeure le socle des relations entre les établissements financiers et leurs clients. Préserver cette confiance constitue dès lors un enjeu majeur pour accompagner le développement des services bancaires numériques, encourager l’utilisation des moyens de paiement électroniques et réduire progressivement le recours aux paiements en espèces.
Nabil Badr a par ailleurs rappelé que les analyses du Groupe d’action financière (GAFI/FATF) mettent en évidence les liens étroits existant entre la fraude électronique et les opérations de blanchiment de capitaux. Les revenus issus des escroqueries sont fréquemment réinjectés dans des circuits financiers transnationaux, ce qui rend indispensable l’intégration de la lutte contre la fraude dans les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Face à ces menaces, Bank Al-Maghrib affirme avoir renforcé son arsenal réglementaire et prudentiel. L’institution a notamment consolidé les exigences en matière de cybersécurité, amélioré la résilience des systèmes de paiement et développé les mécanismes de gestion des risques au sein du secteur bancaire.
Le directeur de la supervision bancaire a rappelé qu’un guide consacré à la lutte contre le phishing avait été publié en juillet 2024. Ce document propose une méthodologie couvrant la prévention, la détection et la gestion des incidents liés à cette forme de fraude. Il a également annoncé la publication, en juillet 2026, d’un nouveau guide portant sur les risques associés aux « comptes rebonds » (Comptes rebonds). Celui-ci présente les meilleures pratiques destinées à identifier les comptes utilisés pour transférer les produits d’activités criminelles et à limiter leur exploitation.
Dans le même esprit, Bank Al-Maghrib impose désormais aux établissements bancaires de renforcer la sécurité de leurs applications numériques en généralisant l’authentification multifacteur (MFA) aussi bien lors de l’accès aux services qu’au moment de l’exécution des opérations financières. L’institution exige également la mise en œuvre d’un système de « dispositif de confiance », permettant de limiter les transactions aux seuls appareils préalablement authentifiés.
Au-delà du cadre réglementaire, la banque centrale mise également sur la prévention. En coordination avec les acteurs du secteur financier, elle a lancé plusieurs campagnes nationales de sensibilisation comprenant la publication de guides pratiques, la diffusion de contenus numériques et une campagne d’information par SMS destinée à sensibiliser les citoyens aux risques de fraude électronique et aux moyens de s’en protéger.
Nabil Badr a enfin appelé les banques et les établissements de paiement à poursuivre leurs investissements dans les outils de détection des fraudes, à développer des dispositifs d’analyse comportementale des transactions et à renforcer leurs capacités d’intervention rapide afin de limiter les conséquences des opérations frauduleuses.
Concluant son intervention, le directeur de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib a estimé que la lutte contre la fraude financière relève d’une responsabilité collective. Elle suppose, selon lui, une coordination étroite entre les autorités de contrôle, les autorités judiciaires et sécuritaires, les établissements financiers, les opérateurs de télécommunications ainsi que les citoyens eux-mêmes. Il a également mis en avant le rôle de la Commission nationale de lutte contre la fraude financière, coordonnée par l’Autorité nationale du renseignement financier, plaidant pour la mise en place d’un mécanisme de partage immédiat des informations entre les banques, les autorités judiciaires et les services de sécurité afin d’accélérer l’identification des auteurs de fraudes, de réduire les crimes financiers et de renforcer la sécurité du système financier national.
The post Fraude financière : Bank Al-Maghrib renforce son dispositif face à l'essor des cyberattaques appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc.
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