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Les recettes fiscales continuent de porter les finances publiques marocaines. À fin juin 2026, leur progression a permis à l’État d’absorber une forte hausse des dépenses liées aux salaires, à l’investissement, au service de la dette et à la compensation, tout en réduisant le déficit budgétaire. Derrière cette amélioration, le tableau reste toutefois contrasté : le recours aux financements exceptionnels se poursuit, le coût de l’endettement s’alourdit et les dépenses publiques continuent de croître à un rythme soutenu.
Présenté devant le Conseil de gouvernement, le rapport sur l’exécution de la loi de finances révèle que le déficit budgétaire s’est établi à près de 24 milliards de dirhams à la fin du premier semestre 2026, contre 30,7 milliards un an auparavant. Cette évolution s’explique principalement par la dynamique des recettes fiscales, qui ont atteint 197,8 milliards de dirhams, en hausse de 20,9 milliards, soit 11,8 % par rapport à fin juin 2025.
Cette embellie ne masque cependant pas les déséquilibres qui continuent de peser sur les finances publiques. Les charges d’intérêts de la dette ont progressé de 16,3 %, tandis que le Trésor a une nouvelle fois mobilisé 10 milliards de dirhams au titre des « financements innovants », un levier présenté comme complémentaire mais qui demeure fondé sur des ressources par nature non récurrentes.
À fin juin, les recettes courantes de l’État ont atteint 225,2 milliards de dirhams, contre 195,2 milliards à la même période de 2025, soit une progression de 30 milliards de dirhams (+15,4 %).
Cette hausse est largement imputable aux recettes fiscales, en particulier à l’impôt sur les sociétés (IS), dont le rendement s’est fortement accru. Les encaissements sont passés de près de 53 milliards à 66,9 milliards de dirhams, soit une augmentation de 13,9 milliards (+26,2 %).
Le ministère de l’Économie et des Finances attribue cette performance à l’amélioration des résultats des entreprises ainsi qu’à la progression des versements spontanés, qui ont augmenté de 13,4 milliards de dirhams (+23,8 %). Cette évolution résulte notamment de la hausse des acomptes provisionnels — 4,1 milliards de dirhams pour le premier, 4,6 milliards pour le deuxième — ainsi que d’un montant équivalent enregistré lors de la régularisation complémentaire.
En six mois seulement, les recettes de l’IS représentaient déjà 70,8 % des prévisions annuelles inscrites dans la loi de finances, faisant de cet impôt le plus avancé dans son rythme d’exécution.
L’impôt sur le revenu (IR) affiche, en revanche, une progression plus modérée. Les recettes se sont établies à 37 milliards de dirhams, contre 36,3 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 1,9 %.
Le ministère souligne toutefois que cette évolution est faussée par un effet de comparaison défavorable. En janvier 2025, l’opération de régularisation volontaire avait généré 3,8 milliards de dirhams de recettes exceptionnelles. Corrigée de cet élément, la croissance des recettes de l’IR atteindrait 13,8 %, soutenue notamment par la hausse des recettes provenant des plus-values de cession de valeurs mobilières (+1,8 milliard de dirhams) et de l’impôt sur les salaires (+1,3 milliard).
Les recettes de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) se sont élevées à 49,5 milliards de dirhams, contre 46,8 milliards au premier semestre 2025, soit une hausse de 5,8 %.
Dans le détail, la TVA intérieure est restée quasiment stable à 16,7 milliards de dirhams, avec une progression limitée à 0,5 %, tandis que la TVA à l’importation a augmenté de 8,7 %, atteignant 32,8 milliards de dirhams.
Pour le ministère, cette évolution reflète la vigueur des importations et de la demande intérieure. Elle met également en évidence la dépendance persistante d’une partie de la croissance des recettes fiscales à la consommation et aux produits importés, davantage qu’à une expansion de la production nationale.
La taxe intérieure de consommation (TIC) a, de son côté, progressé de 6,5 % pour atteindre 19,6 milliards de dirhams. Les droits de douane ont augmenté de 9,3 %, à 8,8 milliards, tandis que les droits d’enregistrement et de timbre ont progressé de 14,9 %, à près de 13,8 milliards de dirhams.
À ce stade de l’année, les recettes fiscales représentaient 54 % des prévisions annuelles. Le gouvernement attribue cette progression à l’élargissement de l’assiette fiscale, au renforcement du civisme fiscal et à l’amélioration du recouvrement, tout en affirmant qu’elle a été obtenue sans augmentation des taux d’imposition.
Les données présentées montrent également une évolution plus structurelle. En intégrant les comptes spéciaux du Trésor, le poids des recettes fiscales est passé de 20,3 % du PIB en 2021 à 24,4 % en 2025, soit un gain de plus de quatre points en quatre ans.
Sur la période 2021-2025, leur croissance annuelle moyenne atteint 12,4 %, contre 6,4 % entre 2016 et 2019.
Le gouvernement voit dans cette évolution le résultat des réformes fiscales engagées ces dernières années, de l’élargissement de la base des contribuables et de l’amélioration de l’efficacité de l’administration, tout en réaffirmant que cette progression s’est réalisée « sans accroissement de la pression fiscale ».
Cette évolution nourrit néanmoins le débat sur la répartition effective de l’effort fiscal entre entreprises, salariés et consommateurs, ainsi que sur la capacité de cette hausse des ressources à améliorer l’équité fiscale et la qualité des services publics.
Le rapport cite également le Fonds monétaire international (FMI), qui considère le Maroc comme un modèle régional en matière de modernisation fiscale. L’institution recommande toutefois de poursuivre la réforme de la TVA, de réduire les exonérations et les taux préférentiels, tout en préservant les ménages les plus vulnérables et en évaluant plus systématiquement l’efficacité économique et sociale des dépenses fiscales.
Les recettes non fiscales ont progressé de 55,3 %, passant de 16,1 milliards à près de 24,9 milliards de dirhams.
Le Trésor a notamment perçu près de 7 milliards de dirhams provenant des établissements et entreprises publics, dont 4,2 milliards versés par Bank Al-Maghrib et 2,5 milliards par l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie.
À ces ressources s’ajoutent 10 milliards de dirhams mobilisés au titre des « financements innovants », mécanisme utilisé par l’État pour dégager des ressources additionnelles, principalement à travers des opérations liées au patrimoine foncier public.
Ces financements représentent près de 40 % de l’ensemble des recettes non fiscales encaissées au premier semestre. Leur importance souligne la place qu’ils continuent d’occuper dans l’équilibre budgétaire, alors même que leur caractère ponctuel ne leur permet pas de constituer une source durable de financement.
En parallèle, les dépenses courantes de l’État ont augmenté de 14,7 %, atteignant 203,9 milliards de dirhams, contre 177,7 milliards un an auparavant.
La masse salariale s’est élevée à 97,4 milliards de dirhams, en hausse de 10,5 milliards (+12,1 %), sous l’effet des augmentations décidées dans le cadre du dialogue social, des promotions et des recrutements réalisés dans les ministères et les établissements publics.
Les dépenses de biens et services ont progressé de 18,9 %, à 71,2 milliards de dirhams, principalement en raison de l’augmentation des transferts vers les établissements et entreprises publics à caractère social, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
Les dépenses d’investissement ont atteint 59,8 milliards de dirhams, soit 10 milliards de plus qu’un an auparavant (+20,2 %). Cette évolution est liée notamment au renforcement des transferts vers le Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale (+4,25 milliards de dirhams) ainsi que vers le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (+2 milliards).
Le gouvernement cite également les transferts destinés aux académies régionales de l’éducation et de la formation, dans le cadre du financement des programmes sociaux et des grands projets publics.
Les intérêts de la dette du Trésor ont enregistré l’une des plus fortes hausses parmi les dépenses budgétaires. Ils sont passés de 20,5 milliards à 23,9 milliards de dirhams, soit une augmentation de 3,34 milliards (+16,3 %).
La majeure partie de cette progression provient de la dette intérieure (+2,7 milliards de dirhams), tandis que les intérêts de la dette extérieure ont augmenté d’environ 700 millions.
Les charges d’intérêts représentent désormais près du quart de la masse salariale versée au premier semestre, illustrant le poids croissant du service de la dette, même si le gouvernement estime que celle-ci demeure « maîtrisée et soutenable ».
L’encours de la dette du Trésor atteignait 1.190 milliards de dirhams à fin juin, répartis entre 862,3 milliards de dette intérieure et 327,8 milliards de dette extérieure, contre 1.145 milliards à la fin de 2025.
Le gouvernement maintient néanmoins son objectif de ramener le ratio de la dette de 66,6 % du PIB en 2025 à environ 63 % en 2029, grâce à la croissance économique attendue et à la réduction progressive du déficit.

Les dépenses de compensation ont augmenté de 10 %, atteignant 11,4 milliards de dirhams, contre 10,4 milliards un an auparavant.
Cette hausse s’explique principalement par l’allocation de 1,3 milliard de dirhams destinée au soutien des professionnels du transport routier face à la hausse des prix internationaux des carburants.
Le rythme d’exécution de ces dépenses apparaît toutefois particulièrement élevé : à la fin du premier semestre, 82,5 % des crédits prévus pour l’ensemble de l’année avaient déjà été consommés.
Le prix moyen du gaz butane s’est établi à 627 dollars la tonne au premier semestre, alors que la loi de finances reposait sur une hypothèse de 500 dollars. Le gouvernement prévoit un repli à 580 dollars au second semestre, avant un retour à 500 dollars entre 2027 et 2029.
Ces perspectives restent toutefois conditionnées à la stabilité des marchés énergétiques et au bon fonctionnement du transport maritime, faisant de la compensation l’un des principaux facteurs de risque pour l’équilibre budgétaire.
La hausse des recettes, conjuguée à un excédent de 14,5 milliards de dirhams dégagé par les comptes spéciaux du Trésor, a permis de réduire le déficit budgétaire de 6,7 milliards, pour le ramener à près de 24 milliards de dirhams.
Ce niveau représente 43,2 % de l’objectif annuel inscrit dans la loi de finances. Le gouvernement table sur la poursuite de la dynamique des recettes fiscales et sur une maîtrise des dépenses afin de contenir le déficit à 3 % du PIB d’ici la fin de l’année.
Après avoir reculé de 7,1 % du PIB en 2020 à 3,5 % en 2025, le déficit budgétaire devrait, selon la programmation gouvernementale, être stabilisé autour de 3 % sur la période 2026-2029.
L’exécutif a par ailleurs relevé sa prévision de croissance économique pour 2026 à 5,3 %, contre 4,6 % lors de l’élaboration de la loi de finances. Cette révision est principalement portée par une hausse attendue de 15,1 % de la valeur ajoutée agricole, tandis que les activités non agricoles devraient progresser de 4,2 %.
Le ministère anticipe toutefois un ralentissement de cette dynamique à partir de 2027, avec une croissance de 4,1 %, avant une stabilisation autour de 4,2 % en 2028 et 2029. Ces projections reposent sur une récolte annuelle de 70 millions de quintaux de céréales, un prix du pétrole de 70 dollars le baril, un prix du gaz butane de 500 dollars la tonne et une inflation de 1,6 % en 2027 puis de 1,8 % en 2029.
Au terme du premier semestre, le budget 2026 apparaît ainsi soutenu par une dynamique fiscale particulièrement favorable, qui a permis d’absorber une forte progression des dépenses publiques. Le maintien de cet équilibre dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la poursuite des bénéfices des entreprises, la solidité de la consommation intérieure et des importations, la détente des prix de l’énergie, la maîtrise du coût de la dette, mais aussi une réduction progressive de la dépendance aux ressources exceptionnelles, au premier rang desquelles figurent les « financements innovants».
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