Posted by - senbookpro -
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On demande souvent aux Marocains d’être optimistes, d’entreprendre et de croire en l’avenir. Mais comment se projeter lorsque les études ne garantissent plus un emploi, qu’une démarche administrative s’éternise ou que les relations semblent compter davantage que la compétence ? Le découragement mérite mieux qu’un reproche : il demande à être compris.
C’est la question centrale de cet article : le pessimisme traduit-il un manque de volonté ou l’expérience répétée d’efforts qui n’aboutissent pas ?
L’esprit positif, au sens donné à la pensée d’Auguste Comte, ne désigne pas une disposition à voir la vie en rose. Il consiste à partir des faits, à rechercher leurs causes et à utiliser la connaissance pour agir. Cette approche invite à déplacer le regard : plutôt que de demander pourquoi les citoyens manquent de confiance, interrogeons ce qui leur permettrait de la retrouver.
Un diplômé qui multiplie les candidatures sans réponse n’a pas nécessairement perdu le goût de l’effort. Il doute du lien entre cet effort et les possibilités qui lui sont offertes. De même, un entrepreneur confronté à des procédures imprévisibles peut finir par consacrer plus d’énergie à contourner les obstacles qu’à développer son activité. Le problème tient alors moins aux dispositions individuelles qu’aux conditions de l’action.
« Développement », « mérite », « bonne gouvernance » : ces mots s’usent lorsqu’ils restent sans traduction concrète. Leur crédibilité dépend de choses ordinaires : une règle compréhensible, un délai respecté, un recrutement équitable, une décision expliquée.
C’est dans ces expériences que se construit la confiance. À l’inverse, lorsque les procédures varient selon les interlocuteurs ou que les réseaux paraissent décider des résultats, chacun apprend à se protéger plutôt qu’à se projeter. La méfiance devient une précaution.
L’école occupe ici une place essentielle. Former à restituer des connaissances ne suffit pas : il faut aussi apprendre à questionner, à vérifier et à argumenter. Encore faut-il que ces qualités trouvent ensuite leur place dans le travail et dans la vie publique. Encourager l’esprit critique tout en décourageant son exercice nourrit une contradiction difficile à vivre.
Cette lecture ne fait pas du pessimisme un caractère national. Elle le rapporte à des situations, à des obstacles et à des attentes déçues. Elle laisse donc ouverte la possibilité du changement.
La réponse passe par des institutions plus prévisibles, une reconnaissance réelle des compétences et des espaces où la discussion peut se tenir sans que toute critique soit reçue comme une hostilité. L’optimisme ne se commande pas. Il revient lorsque l’expérience donne à chacun des raisons de penser que son action peut compter.
*Chercheur en Sciences Politiques
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