Posted by - senbookpro -
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Cinquante et un ans après la Marche verte, le Maroc célèbre cet anniversaire dans un contexte marqué par une évolution majeure du dossier du Sahara aux Nations unies. La non-reconduction du mandat de la MINURSO, à l’issue de la séquence diplomatique du 30 octobre, constitue un tournant dans le dispositif onusien en place depuis 1991. Pour Rabat, cette évolution s’inscrit dans une dynamique de transformation des paramètres du règlement, avec l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine au centre de la démarche diplomatique.
Le 6 novembre 1975, des centaines de milliers de Marocains répondaient à l’appel du Roi Hassan II en prenant part à la Marche verte. Un événement qui a profondément marqué l’histoire contemporaine du Royaume et qui demeure, cinquante et un ans plus tard, l’un des repères majeurs de la mémoire nationale. Cette année, sa commémoration intervient dans une conjoncture diplomatique particulière, quelques jours après une séquence décisive au Conseil de sécurité des Nations unies autour de l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Le 30 octobre, le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à adopter les deux projets de résolution présentés sur l’avenir de la mission. Le texte américain, qui proposait une évolution de son mandat en plaçant l’initiative marocaine d’autonomie au cœur du processus de négociation, a recueilli onze voix favorables, mais a été bloqué par le veto russe. Le projet russe visant à prolonger le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027 n’a, pour sa part, obtenu que trois voix favorables, tandis que onze membres se sont abstenus et que les États-Unis ont voté contre.
En conséquence, le mandat de la mission, créée en 1991, n’a pas été reconduit et ses opérations ont cessé à compter du 31 octobre. Le 1er novembre a marqué le début de sa période de liquidation, avec le retrait progressif des équipements et des moyens déployés. Après trente-cinq années de présence, la MINURSO quitte ainsi le dispositif onusien sur le terrain.
La réaction du Maroc à cette évolution a été clairement formulée dans le communiqué du Cabinet royal publié le 30 octobre. Rabat y voit « une évolution importante et un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies ».
Le communiqué établit un lien direct entre cette séquence et la nouvelle approche défendue par le Royaume. La célébration de la Fête de l’Unité, instituée en 2025 par le Roi Mohammed VI, doit ainsi incarner, selon le texte, une rupture dans la gestion du dossier, avec le passage « d’une simple logique de gestion à une approche de transformation profonde des paramètres ».
Cette formulation traduit la lecture marocaine d’une évolution qui dépasse la seule question technique du renouvellement d’une mission. Pour Rabat, la non-reconduction de la MINURSO constitue une étape dans la remise à plat du cadre institutionnel qui a accompagné le dossier pendant plus de trois décennies. Le communiqué considère également que cette évolution devrait marquer la fin de l’examen périodique de la question par le Conseil de sécurité et des réunions statutaires qui lui étaient consacrées.
Le Maroc inscrit cette séquence dans la dynamique diplomatique engagée sous l’impulsion royale, avec pour objectif de faire de l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine le cadre de référence du règlement politique. Le Cabinet royal affirme à ce propos que « plus des deux tiers des membres de l’ONU », parmi lesquels des membres permanents du Conseil de sécurité et des puissances influentes, soutiennent clairement cette proposition.
L’évolution du dossier s’inscrit dans une trajectoire diplomatique qui s’est renforcée au cours des dernières années. La résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité en octobre 2025, avait déjà consacré l’initiative marocaine d’autonomie comme base des négociations. Le texte américain présenté le 30 octobre 2026 s’inscrivait dans cette orientation, en proposant de faire de l’autonomie réelle sous souveraineté marocaine le cadre de référence des discussions.
Le représentant américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a défendu cette démarche en estimant que le projet soumis au vote constituait une tentative de faire avancer un conflit vieux de cinquante ans. Après le veto russe, il a regretté que le Conseil ait été empêché de prendre des «mesures historiques » pour rapprocher les parties d’un règlement.
La position américaine repose sur l’idée que le cadre de la mission devait évoluer pour tenir compte de la réalité du processus politique et de l’absence de référendum depuis sa création. Washington défend ainsi une réorientation du rôle des Nations unies, avec une place centrale accordée à la proposition marocaine d’autonomie.
Moscou a défendu une lecture différente. Son représentant a justifié le veto russe en affirmant que le projet américain risquait de bouleverser le processus onusien et de privilégier une approche unilatérale. La Russie avait ensuite présenté son propre texte, qui proposait une prolongation d’un an du mandat initial de la MINURSO. Celui-ci n’a toutefois pas recueilli le nombre de voix nécessaire.
Cette séquence a mis en évidence les divergences entre les membres permanents du Conseil de sécurité sur le cadre et les modalités du règlement. Elle a également confirmé que la question du Sahara est désormais abordée dans une configuration diplomatique où l’initiative marocaine d’autonomie occupe une place centrale dans les propositions défendues par Washington.
Créée en 1991 par la résolution 690 du Conseil de sécurité, la MINURSO avait été chargée de surveiller le cessez-le-feu et de contribuer à la préparation d’un référendum sur le statut du territoire. La consultation prévue n’a jamais été organisée, en raison notamment des désaccords entre les parties sur les modalités de son organisation et l’identification du corps électoral.
Au fil des années, la mission a ainsi poursuivi ses activités dans un cadre initial qui n’a pas abouti à la tenue du référendum prévu. Sa présence a néanmoins constitué pendant trente-cinq ans l’un des principaux dispositifs de l’ONU dans le dossier du Sahara.
Dans sa déclaration du 31 octobre, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a officiellement pris acte de la cessation des opérations de la mission et rendu hommage à son personnel. Il a notamment salué le rôle joué par la MINURSO depuis 1991 dans la surveillance du cessez-le-feu et dans la création de conditions favorables à la recherche d’une solution politique.
Le chef de l’ONU a également confirmé le lancement de la période de liquidation à compter du 1er novembre. Celle-ci doit permettre d’organiser le transfert des équipements appartenant aux pays contributeurs et le traitement du matériel appartenant aux Nations unies.
Cette fin de mission marque donc un changement institutionnel important dans la présence onusienne sur le terrain. Le processus politique, lui, demeure inscrit dans le cadre des efforts de médiation des Nations unies. António Guterres a confirmé que l’organisation restait disposée à soutenir les parties dans la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, à travers son Envoyé personnel, Staffan de Mistura.
Cette précision permet de distinguer la fin des opérations de maintien de la paix de la poursuite des démarches politiques. Elle ne modifie toutefois pas la lecture que fait Rabat de la non-reconduction du mandat, considérée comme une étape majeure dans l’évolution du traitement international du dossier.
La Marche verte de cette année intervient également dans le prolongement du discours prononcé par le roi Mohammed VI le 31 octobre 2025, à l’occasion du cinquantième anniversaire de cet événement. Le Souverain y avait présenté une nouvelle phase du dossier du Sahara, articulée autour de l’initiative marocaine d’autonomie et de la recherche d’un règlement politique dans le cadre de la souveraineté du Royaume.
« Nous ouvrons un nouveau chapitre victorieux », avait affirmé le Roi, en évoquant le processus de consécration de la marocanité du Sahara. Le discours insistait également sur le changement d’approche, avec la volonté de passer d’une logique de gestion du dossier à une démarche visant à « changer la situation ».
Un an plus tard, la séquence du 30 octobre donne une portée particulière à cette orientation. La non-reconduction de la MINURSO vient modifier le dispositif institutionnel qui encadrait le dossier depuis 1991, tandis que le Maroc entend poursuivre la dynamique internationale en faveur de son initiative d’autonomie.
La commémoration du 6 novembre se situe ainsi à la rencontre de deux temporalités : celle de l’événement historique de 1975, qui demeure un moment fondateur du récit national, et celle d’une séquence diplomatique contemporaine marquée par la transformation du cadre onusien.
Pour Rabat, la Marche verte ne renvoie pas uniquement à la mémoire d’une mobilisation historique. Elle s’inscrit dans la continuité d’une démarche politique et diplomatique dont l’objectif reste la consolidation de la souveraineté marocaine sur le Sahara et la promotion de l’autonomie comme solution au différend régional.
Cinquante et un ans après cet événement, le Maroc aborde donc cette commémoration dans une nouvelle configuration diplomatique. La fin du mandat de la MINURSO constitue une page institutionnelle importante, tandis que la dynamique internationale autour de l’initiative marocaine d’autonomie demeure au cœur de la stratégie du Royaume. La Marche verte retrouve ainsi, dans cette conjoncture, sa dimension historique et politique : celle d’un événement fondateur dont le Maroc entend prolonger la portée dans une nouvelle étape de son histoire diplomatique.
The post Marche verte : le Sahara marocain à l’heure d’une nouvelle séquence diplomatique appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc.
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