Posted by - senbookpro -
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Les nouvelles tentatives de migration irrégulière enregistrées ces derniers jours à Fnideq montrent que les réseaux de passeurs restent actifs malgré le renforcement des contrôles aux frontières. Derrière ces départs se conjuguent plusieurs facteurs : chômage, précarité, difficultés d’insertion et promesses véhiculées par les filières clandestines.
Les tentatives de départ observées ces derniers jours à Fnideq ont replacé la question de la migration irrégulière au cœur de l’actualité. Malgré l’important dispositif de surveillance déployé autour de Ceuta, les arrestations régulières et les drames survenus ces dernières années, des candidats continuent de tenter la traversée. Une réalité qui soulève une interrogation : comment les réseaux de passeurs parviennent-ils encore à convaincre de nouveaux candidats ?
Fnideq demeure l’un des principaux points de passage vers l’enclave espagnole de Ceuta. Les services de sécurité marocains y multiplient les opérations afin de démanteler les filières clandestines et d’empêcher les départs. En parallèle, les passeurs adaptent constamment leurs méthodes.
Ils ciblent principalement des jeunes confrontés à des difficultés économiques et utilisent les réseaux sociaux pour diffuser des messages promettant une vie meilleure en Europe. Ces contenus, souvent éloignés de la réalité, entretiennent l’illusion d’un départ rapide et d’un avenir plus favorable.
Pour Youssef Guerraoui Filali, fondateur et président du Centre marocain pour la gouvernance et le management (CMGM), l’approche sécuritaire, bien qu’indispensable, ne permet pas à elle seule d’endiguer le phénomène. Selon lui, la situation économique d’une partie de la jeunesse constitue un terrain propice à l’action des réseaux de passeurs.
L’accès au marché du travail demeure difficile pour de nombreux jeunes. Si des programmes d’insertion et d’appui à l’entrepreneuriat ont été mis en place, leurs résultats ne répondent pas toujours aux attentes de ceux qui recherchent un premier emploi ou souhaitent concrétiser un projet.
Les passeurs exploitent cette vulnérabilité en présentant la migration comme une issue, malgré les dangers bien connus qu’elle comporte.
Youssef Guerraoui Filali rappelle, dans ce contexte, l’appel lancé par le Roi Mohammed VI dans son discours du Trône en faveur d’un engagement accru du secteur bancaire auprès des jeunes porteurs de projets. À ses yeux, cette orientation met en évidence la nécessité de faciliter l’accès au financement et de créer davantage d’opportunités économiques.
L’expert cite également les données arrêtées à fin 2025, établies selon l’ancienne méthodologie du Haut-Commissariat au Plan (HCP), qui faisaient état d’un taux de chômage de 36 % chez les jeunes et de 20 % parmi les jeunes diplômés. « Lorsqu’un jeune perd espoir, il devient plus facile à convaincre », résume-t-il.
Pour le président du CMGM, le démantèlement des réseaux de passeurs demeure indispensable. Cette réponse restera toutefois insuffisante tant que les facteurs économiques et sociaux à l’origine du phénomène persisteront. Il plaide ainsi pour un renforcement des politiques de l’emploi, une meilleure adéquation entre les formations et les besoins des entreprises, ainsi qu’un accompagnement plus efficace des jeunes souhaitant créer leur propre activité.
L’intervenant souligne également que les parcours migratoires ne répondent pas tous aux mêmes logiques. Certains départs trouvent leur origine dans la précarité, d’autres dans des difficultés familiales ou personnelles. Toutefois, lorsque les perspectives professionnelles se réduisent, les discours des passeurs trouvent plus facilement un écho auprès de personnes prêtes à prendre tous les risques.
Les événements survenus ces derniers jours à Fnideq montrent que la lutte contre la migration irrégulière ne peut se limiter au seul renforcement de la surveillance des frontières. Si les opérations de sécurité permettent de contenir les départs et de perturber les réseaux criminels, elles ne suffisent pas à résoudre les difficultés économiques et sociales qui poussent une partie des jeunes à envisager l’exil. C’est également sur ce terrain que se jouera l’efficacité des politiques publiques.
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