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L’île de Gorée a vécu, vendredi, une effervescence peu ordinaire à l’occasion de la 5e édition de « The Return », une initiative qui transforme le symbole de la « porte du non-retour » en un puissant message de retour aux sources, de mémoire, de réconciliation et de coopération entre l’Afrique et sa diaspora.
Dès les premières heures de la matinée, l’ambiance contrastait avec celle des jours habituels. La plage était envahie par des centaines de visiteurs venus des quatre coins du monde. À peine débarqué sur l’île, le visiteur est frappé par l’intense animation qui règne sur les quais : restaurants bondés, vendeurs d’objets d’art, guides touristiques à la recherche de clients, mais aussi cambistes proposant l’achat et la vente de devises, de l’euro au dollar américain et canadien.
Mais derrière cette animation touristique se cache une mémoire douloureuse. À quelques encablures de la plage se dresse la Maison des Esclaves, unique vestige de ce passé tragique, située dans cette cité inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978. C’est dans ce haut lieu de mémoire que s’est déroulée la cérémonie marquant cette cinquième édition de The Return.
La Casamance, invitée d’honneur
Cette année, la Casamance était l’invitée d’honneur de la manifestation. À la tête d’une importante délégation, la Reine d’Oussouye, Madame Ahankalidje Béatrice Diedhiou, a honoré l’événement de sa présence, illustrant une autre facette de la richesse culturelle sénégalaise. Danses traditionnelles, rites et symboles ont rappelé aux Afro-descendants que leur retour est aussi une rencontre avec la diversité des cultures du Sénégal.
Jadis, on parlait de la « porte du non-retour », ultime passage emprunté par des millions d’Africains arrachés à leur terre. Aujourd’hui, The Return renverse cette symbolique en célébrant le retour des descendants de ces déportés sur la terre de leurs ancêtres.
La traite négrière, qualifiée de tragédie humaine aux relents économiques, est ainsi commémorée non seulement pour préserver la mémoire des victimes, mais aussi pour bâtir des ponts entre l’Afrique et sa diaspora.
Au cours de la visite guidée de la Maison des Esclaves, les participants ont découvert les cellules exiguës où hommes, femmes et enfants étaient enfermés dans des conditions inhumaines avant leur déportation vers les Amériques. Le guide a rappelé que cette bâtisse, construite entre 1780 et 1784, demeure aujourd’hui un symbole universel de la souffrance, mais également un espace de démocratie, de pardon et de paix.
Premier intervenant, M. Kaba Laye Assistant informatique du conservateur, responsable des Opérations de visite chargé de la mise en œuvre et du suivi des projets Maison des esclaves, a retracé les grandes étapes de cette tragédie humaine, invitant les participants à transformer la douleur en force collective. Son message a rappelé que la mémoire demeure un levier essentiel pour construire un avenir commun.
À sa suite, Coach Rama Gaye, présidente de Sénafrique et principal initiateur de l’événement, a expliqué le choix de la Casamance comme invitée d’honneur.
« J’ai choisi la Casamance pour faire connaître d’autres cultures. Pour les Afro-descendants, il s’agit d’un retour victorieux, d’une reconnexion spirituelle, émotionnelle mais aussi économique avec le Sénégal », a-t-elle déclaré. Il a également souligné que cette édition se déroule sur quatre jours afin de permettre aux participants de développer des projets de coopération avec le Sénégal au-delà du simple devoir de mémoire.
Des témoignages chargés d’émotion
Les nombreux Afro-descendants venus des États-Unis, des Antilles, du Brésil, de la Guadeloupe, de la Martinique et des Caraïbes ont vécu ce pèlerinage avec une profonde émotion.
Pour certains, il s’agit d’un recueillement ; pour d’autres, d’une quête identitaire.
L’ancien basketteur de la NBA Jérôme “Junk Yard Dog” Williams a résumé ce sentiment en affirmant que fermer symboliquement la porte du non-retour revient à mettre fin à des siècles de souffrance sans jamais oublier l’histoire.
Les membres de la délégation américaine ont également insisté sur l’importance de transmettre cette vérité aux jeunes générations afin que cette mémoire devienne une source de paix, d’unité et d’espoir. Ils ont salué l’accueil réservé par le Sénégal et exprimé leur volonté de renforcer les liens entre Africains et Afro-descendants.
Au-delà de la commémoration, cette cinquième édition poursuit plusieurs objectifs majeurs : préserver la mémoire de la traite négrière et honorer les millions de victimes de l’esclavage, favoriser la reconnexion culturelle, spirituelle et identitaire entre l’Afrique et sa diaspora , promouvoir la richesse culturelle du Sénégal à travers la participation de la Casamance , encourager les investissements, les partenariats économiques et les échanges entre Afro-descendants et acteurs sénégalais et faire de Gorée un symbole mondial de paix, de réconciliation et de renaissance.
Malgré son succès grandissant, The Return devra relever plusieurs défis : inscrire durablement l’événement dans le calendrier international de la diaspora africaine, attirer davantage d’investisseurs et de partenaires, renforcer la participation des jeunes générations, développer un tourisme mémoriel responsable et faire de cette reconnexion historique un véritable levier de développement économique pour le Sénégal et l’Afrique.
Cette cinquième édition confirme ainsi que The Return dépasse désormais le simple devoir de mémoire. Elle devient un espace où l’histoire, la culture, la spiritualité et les opportunités économiques se rencontrent. À Gorée, l’ancienne porte du non-retour se transforme progressivement en porte du retour, porteuse d’espérance, de réconciliation et d’un avenir partagé entre l’Afrique et sa diaspora.
LAMINE DIEDHIOU
L’article 5e édition de « the return 2026 » à Gorée : fermer la porte du non-retour pour celle du retour et de la reconnexion est apparu en premier sur Sud Quotidien.